Aux États-Unis, cinq ouvriers agricoles afro-américains ont intenté une action contre un exploitant agricole du Mississippi, accusé de privilégier les travailleurs afrikaners, réfugiés d'Afrique du Sud, en matière de salaire grâce à leur statut de visa H-2A. Le propriétaire de Carr Farms, Gregory Carr, est en effet pointé du doigt pour avoir accordé des rémunérations supérieures aux travailleurs étrangers plutôt qu'à ses employés locaux.
La ferme Carr Farms, située à Schlater, au Mississippi, se consacre à la récolte de cultures telles que le riz et le soja. En mai 2025, les plaintes ont été déposées par Michael Anthony Nash, Jimmy Shaw, Vinnie Cason, Grant Lewis et Charleston Taurvonta Harris, des travailleurs qui affirment avoir été victimes de “discrimination raciale fondée sur la citoyenneté” ainsi que de “vol de salaires”. Selon le journal sud-africain Daily Maverick, ces plaintes mettent en lumière des préférences salariales controversées au sein de l'industrie agricole.
La situation soulève des inquiétudes historiques, car le travail agricole dans le Mississippi a souvent été associé à des traditions profondément enracinées au sein des familles noires. Dans un article de The New York Times, il était mentionné que l'introduction de main-d'œuvre blanche, principalement des Afrikaners avec des visas de travail temporaires, a modifié l'équilibre historique du secteur.
Relents de racisme
Le Mississippi Centre for Justice (MCJ), une organisation à but non lucratif, a pris en charge l'affaire contre Carr Farms. En 2021, le MCJ a initié plusieurs actions en justice pour défendre les droits des travailleurs agricoles noirs. Gregory Schell, un avocat, a noté que “des actions en justice similaires ont conduit à une amélioration temporaire des salaires des travailleurs”, mais ces changements ne semblent pas avoir perduré.
Le passé lourd du Mississippi en matière de racisme et de discrimination, marquée par les horreurs de l'esclavage et les violences racistes, ajoute une dimension troublante à cette affaire. Les plaintes affirment que Carr a sciemment classé les travailleurs noirs comme “entrepreneurs indépendants”, ce qui lui a permis d'éviter le versement de salaires équitables.
Les documents de la poursuite révèlent une disparité salariale croissante entre les travailleurs noirs américains et les Afrikaners, qui, depuis 2018, ont bénéficié de salaires en forte hausse, tandis que les premiers sont restés bloqués à un taux de 10 dollars de l'heure.
Obsession trumpienne
Cette problématique est symptomatique d'une tendance plus large. Un rapport de The New Yorker souligne que d'autres exploitations du Mississippi font face à des accusations similaires. Les Afrikaners, en tant que main-d'œuvre H-2A, sont devenus de plus en plus présents, quadruplant leur nombre dans d'autres exploitations. Un professeur d'université a précisé que ce groupe est considéré comme l'une des sources de main-d'œuvre agricole en forte augmentation aux États-Unis.
Les employeurs du Mississippi trouvent des avantages à cette main-d'œuvre. Les employés afrikaners sont disponibles pour travailler sans relâche, souvent en raison de la rémunération beaucoup plus élevée par rapport à leur pays d'origine, ce qui les pousse à privilégier des horaires intenses. Parallèlement, les travailleurs locaux sont tiraillés entre la nécessité de travailler et la vie de famille.
Au milieu de cette crise, le soutien politique, comme celui de Donald Trump, a également contribué à l'accroissement du traitement préférentiel des Afrikaners, tandis que de nombreux autres réfugiés sont toujours en attente d'une aide à leur situation difficile.







