Portrait. Incarcéré depuis 2019 en raison de son opposition à Vladimir Poutine, Azat Miftakhov, jeune mathématicien, dénonce les tortures qu'il subit.
Au sein de la colonie pénitentiaire de Dimitrovgrad, à 800 km de Moscou, peu de raisons d’espérer, sauf pour Azat Miftakhov. Ce trentenaire, détenu depuis 2019, reçoit une lettre inattendue de Bernard Randé, mathématicien français, lui suggérant de résoudre un problème mathématique lié à la conjecture de Chui, encore non résolu. Pendant quatre mois, à l'aide d'un stylo et de quelques feuilles, il trouve une solution, qu'il rédige sur du papier à en-tête de la prison.
"Sans cette correspondance, je n'aurais sans doute pas osé vous répondre," écrit Miftakhov dans une lettre détaillant son succès, qui sera publiée dans la revue mathématique française RMS en juillet. Cet engagement intellectuel lui a apporté du réconfort dans un monde de désespoir.
Son transfert dans la prison sibérienne IK-18, surnommée 'Hibou polaire', aggrave ses conditions de détention. A proximité de la tristement célèbre IK-3 où Alexeï Navalny a été retrouvé mort en 2024, ce changement a choqué ses proches.
Une répression ferme
Les répercussions de son transfert sont exacerbées par une violence omniprésente. "C’est de l’acharnement," affirme sa femme, Elena Gorban. Les événements de son arrestation en 2019 résonnent : Miftakhov, alors étudiant à l'Université de Moscou, est accusé de fabrication d’engins explosifs sans preuves solides.
Soumis à des humiliations régulières, il est forcé de nettoyer les toilettes et n’a pas accès à une vaisselle commune. Quant aux tortures physiques, elles sont documentées par la Cour européenne des droits de l’homme en 2023 : il aurait été poussé à la fausse confession sous menace de violence. Sa femme souligne que le régime a voulu en faire un exemple de la répression de l'opposition anarchiste.
Rapidement, les accusations d'explosifs sont abandonnées, mais une nouvelle arrestation s’ensuit pour un incident survenu l'année précédente, où, avec d'autres, il aurait lancé un fumigène lors d'une manifestation. En janvier 2021, il est finalement condamné à six ans de prison pour 'hooliganisme'.
La volonté de résister
Le parcours en prison de Miftakhov s’assombrit davantage. Après la fuite d'images de sa bisexualité, il est victime d'une stigmatisation qui entraîne des abus constants. "Il est assigné à des tâches dégradantes, ses conditions de vie sont inhumaines", explique Marie-Laetitia Garric, présidente de l'association Solidarité FreeAzat.
Bien qu’il sorte libre en septembre 2023, il est aussitôt réarresté sous des accusations infondées. Les confirmées contre lui semblent être montées de toutes pièces, reliant son nom à des actions violentes d'autres militants. En août 2024, il est de nouveau condamné, cette fois à quatre ans de plus, rendant manifeste le désir des autorités d’écraser toute opposition.
Un appel à la solidarité
Malgré tout, Azat continue de faire entendre sa voix. En mai 2026, il envoie un témoignage percutant sur ses conditions de détention, ce qui amène une lumière sur les abus qu'il subit. Le juriste qui le défend déclare : "Ces tortures sont une méthode courante pour briser l'esprit des prisonniers. La mise en lumière de ces actes est essentielle pour engager des actions judiciaires." Son témoignage, jamais atténué, est une prise de position audacieuse contre ces abus.
Les soutiens en France s'activent. La chanteuse Mireille Mathieu, par son statut, pourrait influencer les discussions autour de son cas. Parallèlement, plusieurs figures politiques, dont Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, prennent publiquement parti. Des efforts, tels que des demandes d'échange diplomatique, prennent forme pour obtenir sa libération.
La libération officielle de Miftakhov est attendue en 2027. Cependant, son entourage redoute une nouvelle arrestation. "Azat n'a pas eu de nouvelles depuis son transfert," s'inquiète Elena Gorban. Les lettres envoyées restent sans réponse, reflet d’un régime implacable face à ceux qui osent s'opposer.







