La Banque centrale européenne (BCE) semble prête à garder ses taux directeurs à un niveau constant lors de sa prochaine réunion, malgré une inflation en zone euro qui ne cesse de grimper, aggravée par la crise au Moyen-Orient.
Les données récentes publiées par Eurostat révèlent une inflation en hausse à 3% en avril, le niveau le plus élevé depuis septembre 2023, comparé à 2,6% en mars. Ce développement interroge les économistes sur les effets réels de la politique monétaire de la BCE.
En parallèle, la croissance économique de la région a stagné au premier trimestre, enregistrant à peine 0,1%, un résultat en deçà des prévisions initiales, indique l'Institut national de la statistique et des études économiques.
Lors de leur réunion, les dirigeants de la BCE se retrouvent dans l'incertitude face aux négociations entre l'Iran et les États-Unis et à la crise dans le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pour environ 20% de la production mondiale d'hydrocarbures. La récente turbulence des prix de l'énergie, bien que préoccupante, n’a pas encore atteint les pires scénarios envisagés par la BCE.
Cette hausse des prix suscite néanmoins des craintes d’un effet inflationniste, alors que la croissance économique montre des signes d'affaiblissement. Selon une enquête récente, les attentes des ménages en matière d'inflation ont augmenté, atteignant 4% pour les 12 mois à venir, contre 2,5% en février.
Éric Dor, directeur des études économiques à l'Iéseg, souligne que cela témoigne de la crédibilité de la BCE en matière de contrôle de l'inflation sur le moyen terme, rassurant ainsi ceux qui plaident pour un report de toute nouvelle hausse des taux.
Cependant, les derniers indices PMI montrent une contraction de l'activité économique en zone euro pour la première fois en seize mois, ce qui inquiète de nombreux analystes.
L'économiste Carsten Brzeski d'ING avertit que la situation actuelle, combinant stagnation économique et hausse des prix, pourrait mener à un choc stagflationniste. Ludovic Subran, d'Allianz, partage cet avis et affirme que la BCE devrait « jouer la montre » dans un contexte incertain.
Les marchés s'attendent à ce que le taux de dépôt de la BCE reste inchangé à 2%, un niveau stable depuis juin 2022. De plus, la Réserve fédérale américaine a également choisi de maintenir ses taux dans la fourchette de 3,50% à 3,75%, en attendant l'impact du conflit au Moyen-Orient sur l'économie mondiale.
Pour la Banque d'Angleterre, prévue à 3,75%, la situation est presque similaire, bien que des craintes concernant des hausses de prix énergétiques existent.
Alors que la BCE observe la situation, les marchés anticipent une éventuelle hausse des taux en juin, à la lumière de nouvelles prévisions économiques tenant compte des impacts du conflit militaire en cours.
La prolongation du conflit avec l'Iran pourrait peser sur diverses industries cruciales, aggravant ainsi les prix des semi-conducteurs, des engrais, de la chimie ou des plastiques. Dans l'ensemble, Brzeski conclut que même si l'inflation croissante pourrait relancer le débat sur des hausses de taux, les signes d'une détérioration de la croissance rendent cela de moins en moins évident.
La BCE, tout en étant gardienne de son objectif d'une inflation à 2%, semble donc réticente à lutter contre un choc externe en exacerbant le ralentissement économique.







