Professionnels de santé, comme les aides à domicile et les infirmières, manifestent leur scepticisme concernant l'aide au carburant récemment annoncée par le gouvernement. Ce programme vise à soutenir les « travailleurs modestes grands rouleurs », mais beaucoup redoutent d'en être exclus à cause de critères d'éligibilité jugés trop restrictifs.
Elodie Papin, secrétaire de FO Action sociale dans le Maine-et-Loire, partage son inquiétude : "Le gouvernement affirme qu'il agit, mais les mesures semblent conçues pour toucher un nombre restreint de personnes."
Alors que les prix des carburants continuent d’augmenter du fait des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le gouvernement a mis en avant une aide pour environ trois millions de travailleurs. Cette aide s'adresse aux ménages les moins aisés, avec des revenus allant jusqu'à 17 000 euros pour une personne seule, ou 50 000 euros pour un couple avec enfants. Pour en bénéficier, il faut également parcourir au moins 15 kilomètres pour se rendre au travail ou totaliser 8000 kilomètres par an.
Le dispositif proposé, de 50 euros par personne sur trois mois, représente environ 20 centimes par litre de carburant pour ceux parcourant 8000 kilomètres. La porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, a précisé que ces aides seront versées en juin.
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, a salué cette initiative, affirmant qu'elle serait bénéfique pour les aides-soignants. Cependant, Pascal Mazet, aide-soignant à Decazeville et représentant de la CGT, exprime son entourage : "Un revenu de 17 000 euros annuels, ce n'est pas réaliste pour ceux qui travaillent de nuit et le week-end. Nous, on est souvent à 1 700 - 1 800 euros par mois."
Elodie Papin cite également que "beaucoup ne seront pas éligibles". Dans les secteurs des aides-soignantes, le salaire moyen se situe légèrement au-dessus du seuil d'éligibilité fixé, de sorte que cette partie des professionnels pourrait être écartée.
En outre, la perception de seulement 20 centimes par litre est jugée ininsignifiante par les syndicats. "C'est dérisoire", critique Papin. De nombreux agents se montrent inquiets face aux frais de carburant qui peuvent avoir grimpé de 350 à 400 euros par mois, poussant certains à considérer l'arrêt de leur activité professionnelle.
Les aides à domicile, souvent employées à temps partiel, sont aussi dans une situation délicate. Laurence Jacquon, directrice adjointe de l'ADMR, souligne que ces professionnelles roulent beaucoup, surtout dans les zones rurales, et que les indemnités kilométriques ne suffisent pas à couvrir les frais actuels.
Anne Cousin, directrice de la fédération des employeurs UNA, voit ces aides d'un bon œil mais s'inquiète des conditions d'éligibilité. "Il faudra évaluer qui pourra en bénéficier, surtout dans les entreprises où les tournées se limitent aux zones proches des domiciliés." Les seuils de revenus restent flous, notamment pour les parents célibataires.
Côté infirmiers, le mécontentement est palpable. La Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) déplore que la profession ait été exclue à plusieurs reprises des dispositifs d'aide. Anne-Gaëlle Kramer, représentant les infirmiers libéraux, souligne l'injustice que cela représente pour celles et ceux qui parcourent des distances considérables quotidiennement.
"Cette situation pourrait les amener à choisir entre leurs patients", avertit-elle, illustrant ainsi les défis croissants auxquels ces travailleurs font face.







