Dans un contexte de réforme du transport ferroviaire, l'opérateur privé Velvet fait un pas décisif dans sa quête de concurrence face à la SNCF. Mercredi, la société a dévoilé son premier train, assemblé dans l'usine Alstom située près de La Rochelle.
À partir de la mi-2028, les passagers pourront voyager en grande vitesse entre Paris et Bordeaux, suivi d'autres villes côtières comme Angers, Nantes et Rennes, grâce aux nouvelles rames à double étage. La livrée des trains, arborant une couleur lilas sur un fond vert bouteille, marquera visuellement l'entrée de Velvet sur le marché.
"Nous sommes la première compagnie ferroviaire indépendante à grande vitesse en France," a déclaré Rachel Picard, la fondatrice de Velvet et ancienne directrice de la branche voyageurs de la SNCF. Cette déclaration a eu lieu lors d’une cérémonie au site d’essai d’Alstom, ponctuée de fierté.
Les tests de la rame commenceront prochainement à La Rochelle, avec des essais sur rail prévus pour obtenir l'homologation dans les deux prochaines années. Timothy Jackson, co-fondateur de Velvet et ayant une expérience notable chez RATP en Grande-Bretagne, souligne l'importance de ce processus.
Pour soutenir son projet, Velvet a réussi à lever un milliard d'euros avec l'aide du fonds d'investissement français Antin Infrastructure Partners. Parmi cette somme, 850 millions seront affectés à l'acquisition de douze trains Avelia Horizons, fabriqués par Alstom.
Le contrat signé avec Alstom en 2024 comprend également une clause de maintenance sur quinze ans dans un nouvel atelier actuellement en construction à Marcheprime, à proximité de Bordeaux.
"Nous lançons trois lignes simultanément, ce qui est sans précédent pour un nouvel opérateur," assure Mme Picard, promettant jusqu'à dix millions de places par an au total. Velvet vise à satisfaire une demande croissante sur la façade atlantique, traditionnellement dominée par la SNCF.
"Actuellement, environ 15 % des voyageurs rencontrent des difficultés pour réserver un siège sur ces lignes, et ce chiffre pourrait grimper à 25 % d'ici 2030," avertit-elle, soulignant l'urgence d'une telle initiative. Pierre Plaindoux, analyste chez mc2i, soutient que l'arrivée de Velvet est bénéfique pour le marché, ajoutant de la capacité sur des lignes saturées.
Bien que les détails concernant l'offre de services restent incertains, Mme Picard adopte un ton conciliant envers la SNCF, insistant sur la nécessité d'augmenter le nombre de trains disponibles.
Cependant, cette arrivée s'accompagne de tensions autour des règles de concurrence ferroviaire. En effet, Jean Castex, PDG de la SNCF, a récemment exprimé le souhait que les conditions soient équitables pour tous les opérateurs, visant particulièrement Velvet.
La SNCF propose d'obliger les nouveaux entrants à respecter des dessertes d'aménagement du territoire similaires à celles qu'elle effectue afin de maintenir sa compétitivité. Velvet rétorque en soulignant qu'elle contribue déjà au financement du réseau, avec une prévision de 200 millions d'euros par an.
Pour arbitrer ce différend, le gouvernement a sollicité un rapport de l'ancien ministre Dominique Bussereau. Sur le front de la distribution des billets, Velvet envisage néanmoins de collaborer avec SNCF Connect, reconnue comme une plateforme essentielle pour sa visibilité, selon les mots de Mme Picard.







