Lyhanna : la colère monte, le gouvernement sous pression

La tragédie de Lyhanna crée une onde de choc au sein du gouvernement et des familles.
Lyhanna : la colère monte, le gouvernement sous pression
©SIMON WOHLFAHRT, AFP - Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 9 juin 2026 à Paris

L'émotion immense provoquée par le décès de la jeune Lyhanna continue de provoquer un tremblement de terre sur la scène politique en France. Le gouvernement, cherchant des solutions pour apaiser la douleur des familles et la colère des oppositions, fait face à des critiques relatives aux dysfonctionnements et au manque de ressources au sein du système judiciaire.

« Les ressources accordées à la justice, et leur efficacité, sont au cœur du problème », a déclaré avec force François Roujou de Boubée, l'avocat représentant les parents de Lyhanna, lors d'une déclaration près de Fleurance (Gers), s'adressant directement à Emmanuel Macron. L'avocat a exprimé son indignation concernant ce qu'il considère comme un déni de l'importance des moyens dans cette affaire.

Critiquant également l’annonce du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, concernant une étude de 70.000 plaintes impliquant des enfants, Roujou de Boubée a qualifié cette mesure de « poudre de perlimpinpin », une réaction face à la découverte tragique du corps de Lyhanna, une collégienne de 11 ans assassinée dans une exploitation agricole désaffectée. Le principal suspect, Jérôme B., était déjà sous le coup de multiples signalements pour des comportements sexuels inappropriés envers des mineurs.

Au lendemain de rassemblements mobilisant environ 60.000 personnes à travers le pays, l'émotion est toujours palpable, comme en témoigne une marche blanche tenue à Saint-Jean d’Angély (Charente-Maritime), à l'initiative des grands-parents de Lyhanna.

Emmanuel Macron, s'exprimant lors d'un discours à l'Elysée, a rendu hommage aux familles touchées par cette tragédie. Le numéro un de la Gendarmerie, Hubert Bonneau, a reconnu « un échec » face à cette situation, presque en écho à la préoccupation générale concernant la justice.

À l'issue d'une réunion de crise, Sébastien Lecornu, le chef du gouvernement, a proposé des réformes visant à durcir les peines pour les viols sur mineurs, suggérant que les peines puissent aller jusqu'à la réclusion à perpétuité au lieu de 20 ans. De plus, il a pu proposer que les enquêtes relatives aux crimes impliquant des enfants soient réalisées dans un délai maximal de trois mois.

Ces propositions doivent être intégrées dans un projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et qui sera examiné par le Parlement le 15 juillet. Lecornu a également promis d’agir sur un projet antérieur visant à traiter plus largement les violences sexistes et sexuelles, soutenu par la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.

Dans le climat actuel, où la pression politique est à son zénith, une séance de questions au gouvernement s’est presque entièrement centrée sur ce drame, soulignant la gravité du sujet. Le ministre Lecornu a réaffirmé sa « confiance » dans les juges et les professionnels de la justice, alors que le Conseil supérieur de la magistrature s’est inquiété du « discrédit jeté sur des milliers de magistrats ».

Des personnels judiciaires du tribunal d'Auch ont voté une motion dénonçant la « vindicte populaire » alimentée par un discours politique trop audacieux. Cela vise particulièrement le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui se manifeste intensément dans les médias pour tenter d’apaiser les tensions, tout en excluant l'idée de démissionner.

Dans ce contexte, l'avocat représentant la mère d'une enfant ayant signalé des abus de Jérôme B. a annoncé des actions en justice contre l'État, accusant une grave négligence dans la protection des mineurs. Lors d'une conférence de presse, Pierre Debuisson a critiqué l’« hypocrisie » des responsables politiques face à cette tragédie, tandis que sa cliente a exprimé son désespoir face à la situation, réfléchissant à ce qui aurait pu être si son enfant avait été victime à la place de Lyhanna.

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