Le ministère de l'administration territoriale du Mali a récemment émis une directive interdisant Jeune Afrique, un hebdomadaire réputé, en invoquant des accusations d'apologie du terrorisme et de diffamation. Cette décision fait suite à la publication d'un article critique sur la gestion de la crise du carburant dans le pays, amplifiant les tensions entre le gouvernement militaire et les médias.
Le communiqué officiel affirme que la circulation, la distribution et la vente de Jeune Afrique sont désormais interdites, justifiant cette mesure par la nécessité de préserver l'ordre public. Cette déclaration a suscité des préoccupations quant à la répression croissante de la liberté d'expression et à la censure dans le pays, déjà éprouvé par des conflits internes et des bouleversements politiques depuis plusieurs années.
Le gouvernement malien reproche au journal de propager des « accusations fallacieuses » concernant la crise d'approvisionnement en hydrocarbures, exacerbée par des actions de groupes djihadistes comme le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM). En effet, cette crise, qui a commencé en 2012, a été marquée par une pénurie de carburant à l'automne, liée à un blocus imposé par des acteurs armés.
Experts et journalistes s'inquiètent d'une dérive autoritaire soulignée par les récentes actions du gouvernement contre les médias. Jean-Claude Malé, expert en médias au Mali, souligne que cette interdiction « est symptomatique d'un régime qui n'accepte pas la critique », tandis que d'autres journalistes mettent en avant le risque pour la démocratie, mentionnant des cas similaires dans d'autres pays de la région.
La situation des médias au Mali s'est dégradée depuis que les militaires ont pris le pouvoir à la suite de deux coups d'État, en 2020 et 2021. Plusieurs chaînes de télévision étrangères ont été suspendues, et de nombreux journalistes ont été contraints à l'exil ou à l'autocensure, craignant des représailles.
Le quotidien Le Monde rapporte des témoignages d correspondants d'agences internationales qui évoquent un climat d'impunité et de crainte. Le gouvernement semble également vouloir contrôler les récits sur les violences et les exactions présumées commises par les forces armées maliennes et leurs alliés, y compris des mercenaires russes, dans le cadre de leurs opérations contre les djihadistes.
La question de la liberté de la presse au Mali est plus que jamais d'actualité, alors que le pays se débat avec des défis sécuritaires et politiques majeurs. Les voix critiques, tant internes qu'externes, sont essentielles pour éclairer la situation complexe sur le terrain et garantir que les droits des citoyens à l'information restent préservés.







