Moins d'un an après la destruction de sa maison par les flammes à Altadena, Ted Koerner, 67 ans, a emménagé dans un nouveau pavillon. Mais le parcours pour reconstruire sa vie a été semé d'embûches. "Cette année a été une véritable épreuve", confie-t-il, la voix pleine d'émotion en ramenant sa chienne Daisy chez eux.
Pour réaliser cela, M. Koerner a dû avancer plusieurs centaines de milliers de dollars de sa poche, car son assureur a tardé à débloquer les indemnisations auxquelles il avait droit. Influencé par les politiques économiques du président Trump, notamment les droits de douane sur les matériaux de construction importés, il s'inquiète des conséquences sur les coûts et la main-d'œuvre. "Si ICE interpelle les équipes de construction en plus des droits de douane, nous ne pourrons jamais reconstruire", déplore-t-il.
Malgré ce contexte difficile, Altadena commence à renaître. Au milieu des terrains vides, certaines structures commencent à voir le jour. Les souvenirs des rafales de vent dépassant 160 km/h, qui ont alimenté l'incendie, hantent encore les esprits. Mais face aux effets du changement climatique, beaucoup de résidents refusent de quitter la région. Comme l'explique Catherine Ridder, psychothérapeute en reconstruction, "il n'y a nulle part ailleurs où se réfugier".
Une bureaucratie plus agile
Le chantier de Catherine est en cours, et elle espère pouvoir rejoindre son nouveau logement d'ici août. Pour cela, elle doit jongler avec un loyer de 4.000 dollars par mois, un coût qui épuise rapidement le budget alloué par son assurance. La bureaucratie californienne, poussée par l'urgence, simplifie désormais l'obtention de permis de construire, passant de plus d'un an à quelques mois seulement, ce qui constitue un changement significatif dans cette situation de crise.
Pourtant, des obstacles persistent, témoigne Mme Ridder : "Il y a toujours beaucoup de chaos et de retards, même si les choses semblent plus rapides qu'auparavant". Elle se console en se rappelant qu'elle dispose de meilleures options que certains de ses voisins.
Des résidents inquiets face à l’avenir
Dans cette zone à risque, de nombreux habitants dépendent d'une assurance étatique de dernier recours, souvent insuffisante pour couvrir les coûts de reconstruction. Certains, comme Carol Momsen, 76 ans, ont dû vendre leur terrain face à des indemnités modestes ne dépassant pas 300.000 dollars, préférant se réinstaller ailleurs. "Je ne veux pas reconstruire à Altadena, c'est devenu un endroit triste", dit-elle.
La peur de la gentrification est omniprésente. Des pancartes comme "Altadena n'est pas à vendre" et "Black homes matter" apparaissent sur les terrains vacants. Ellaird Bailey, 77 ans, souligne : "Nous avons choisi ce quartier pour son melting pot, et maintenant de nombreux amis partent". Les gens sont inquiets pour l'avenir, alors que cette ville qui a été un refuge pour de nombreuses familles afro-américaines se transforme et risquerait de perdre son âme.
Dans cette période de reconstruction, les espoirs de la communauté d'Altadena sont mis à l'épreuve. Entre politiques économiques complexes et dynamique locale, la renaissance de cette ville passe par des défis dont les retombées s'annoncent décisives pour son avenir.







