Les élections municipales de 2026 se profilent à l'horizon, mais une inquiétude grandissante concerne la sécurité des élus locaux. Depuis plusieurs années, la violence envers les maires et conseils municipaux, tant physique que verbale, semble se banaliser. Le dernier événement tragique date de 2020, lorsque le maire de Signes a perdu la vie en tentant d'empêcher un dépôt sauvage d'ordures. Bien que les mandats actuels n’aient pas connu de drames aussi tragiques, des incidents violents continuent d'émailler le quotidien de ces figures de proue locales.
Vincent Jeanbrun, ancien maire de L'Haÿ-les-Roses, partage son expérience personnelle. En été 2023, sa maison a été attaquée avec un véhicule-bélier lors des émeutes consécutives à la mort de Nahel. À Saint-Brevin-les-Pins, l'incendie volontaire de la maison du maire a poussé ce dernier à démissionner, soulignant le climat de tension autour de l’accueil des demandeurs d'asile. En outre, le maire de Villeneuve-de-Marc, dans l'Isère, a récemment été la cible d'une agression violente en raison d'un conflit avec un administré.
La violence ne se limite pas aux agressions physiques. Sur les réseaux sociaux, les élus sont aussi la cible de campagnes de haine. À Strasbourg, trois candidats ont été la cible de commentaires racistes, tandis qu'un élu à Valframbert a reçu une cartouche de fusil remplie d'excréments dans sa boîte aux lettres. Les tensions se manifestent également de manière plus directe, comme l'incident survenu à Isle, où un candidat s'est vu menacé d'un couteau en plein tractage.
La fonction de maire persiste malgré les violences
Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël et coprésident de la commission sécurité de l'Association des maires de France (AMF), souligne que les agressions physiques touchent principalement les élus des petites communes, en raison de leur proximité avec la population. “Ils exercent souvent eux-mêmes des pouvoirs de police, et leurs ressources sont limitées”, explique-t-il. Les violences verbales, quant à elles, sont devenues monnaie courante sur les réseaux sociaux, laissant les élus dans un état d’impuissance face à une justice souvent lente à réagir.
Pourtant, cette spirale de violence ne doit pas occulter l'affection persistante des citoyens pour leurs maires. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a récemment invoqué la nécessité de renforcer les moyens de protection des élus, à la suite de l'augmentation des agressions. Le Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus, inauguré en 2023, a pour but de diffuser des conseils et des bonnes pratiques. Sa directrice, Hélène Debiève, note que “la plupart des agressions proviennent de conflits sur des questions quotidiennes de vivre-ensemble”, mettant en lumière des réalités sociales complexes.
Pour 2025, déjà 2032 attaques contre des élus ont été recensées, un chiffre stable par rapport à 2024, alors que 80% des victimes sont des élus municipaux. Les statistiques montrent que 70% des incidents concernent des menaces ou des outrages, alors que les violences physiques restent à environ 10%. Le cyberharcèlement représente, quant à lui, 20% des atteintes, souvent via les réseaux sociaux, révélant ainsi un besoin urgent de protection et d'éducation sur le respect des figures publiques.







