L'État a conclu, mardi, l'acquisition des activités clés du groupe Atos, axées sur la fabrication de supercalculateurs dédiés à l'intelligence artificielle et à la défense. Cette décision est qualifiée par Bercy de "step significant" pour la souveraineté technologique de la France et de l'Europe.
Suite à une offre formulée en juin 2025, l'État devient l'actionnaire unique de l'entité désignée comme Bull, évaluée à environ 404 millions d'euros, selon un communiqué de média du groupe Atos.
Bull intègre les activités de calcul haute performance (HPC) pour l'IA, le calcul quantique et des supercalculateurs utilisés dans les applications militaires, notamment pour la dissuasion nucléaire.
"Grâce à cette acquisition, l'État se dote d'un outil décisif pour renforcer la souveraineté technologique française", a affirmé le ministre de l'Économie, Roland Lescure. La ministre en charge du Numérique, Anne Le Hénanff, a également ajouté : "Cela envoie un message fort sur un pays qui investit pour préserver son savoir-faire et rester un acteur clé dans les technologies de demain".
Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'une séparation progressive des activités au sein d'Atos, amorcée depuis plusieurs mois.
- Supercalculateurs -
L'entité Bull, employant près de 3.000 personnes à travers le globe, a réalisé un chiffre d'affaires de 720 millions d'euros en 2025, en hausse de 16% par rapport à l'année précédente. Ses équipes ont conçu le premier supercalculateur "exascale" d'Europe, Jupiter, capable de traiter au moins un milliard de milliards de calculs par seconde, inauguré récemment en Allemagne.
Actuellement, elles sont engagées dans le développement du supercalculateur français Alice Recoque, en collaboration avec des entreprises comme AMD. Ce nouveau système sera installé sur le site du CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) et sera livré en deux phases, à la fin de 2026, puis en 2027.
Ce projet vise à renforcer les compétences nationales en matière de simulation, d'intelligence artificielle et d'analyse de grandes quantités de données, comme l’a mentionné Bercy.
- "Nouveau chapitre" -
"Nous sommes le seul acteur européen capable de concevoir et de fabriquer des supercalculateurs et systèmes pour l'IA", a souligné Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, dans une déclaration à l'AFP. Il a aussi exprimé son enthousiasme quant à l'ouverture d'un "nouveau chapitre".
"Cette nouvelle structure nous permettra d'agir avec plus d'agilité face à un marché en pleine mutation, causée par l'essor rapide de l'IA, et de fournir à nos clients des technologies souveraines, efficaces et durables", a-t-il ajouté.
Bull prévoit de continuer son expansion et a récemment doublé la capacité de sa manufacture à Angers, qui produit ses supercalculateurs, prévue pour être inaugurée cet automne.
Dans un avenir proche, Bull ambitionne également de développer son premier calculateur quantique hybride, selon M. Le Roux. "Nous sommes à un tournant aussi bien pour le secteur des supercalculateurs que pour celui du quantique", a-t-il affirmé.
Le directeur général a aussi pour objectif d'atteindre plus de 80% de composants européens dans ses futurs supercalculateurs. "Nous souhaitons proposer une alternative entièrement européenne", a-t-il déclaré.







