L'Asie face à la flambée des sacs plastiques : un défi économique et écologique

Découvrez comment la crise énergétique redéfinit l'usage des plastiques en Asie.
L'Asie face à la flambée des sacs plastiques : un défi économique et écologique
©I-Hwa Cheng, AFP - Des sacs en plastique sont visibles sur un marché local de Keelung, à Taïwan, le 9 juin 2026

Des marchés de rue aux étals, la montée des coûts énergétiques met en péril l'utilisation largement répandue des sacs et emballages en plastique en Asie. Le prix de ces produits a en effet skyrockété, et la récente décrue des cours du pétrole nécessitera du temps pour se répercuter sur le marché.

Au marché Songjiang de Taipei, Li Yu-ping, une commerçante de 52 ans spécialisée dans la vente de poulet, a constaté que depuis quelques mois, le prix des sacs en plastique avait grimpé de presque 60%, tandis que celui des cartons de barquettes plastiques s'était accru d'un tiers.

"Nous utilisons des contenants en plastique partout, souvent jetables. Cela devient un véritable coût pour nous, les vendeurs", indique-t-elle à l'AFP. Issu du raffinage du pétrole brut, le naphta, essentiel pour produire de l'éthylène, matière première de nombreux plastiques, voit son approvisionnement menacé, puisque 60% du naphta importé en Asie provient traditionnellement du Golfe.

La fermeture du détroit d'Ormuz, exacerbée par les conflits au Moyen-Orient, a entraîné une réduction de la production chez les groupes pétrochimiques, notamment sud-coréens et japonais, augmentant ainsi les prix des sacs plastiques.

A Bangkok, Nikorn Sai-inthara, un sexagénaire vendant des légumes sur un chariot ambulant, estime ses frais d'exploitation augmentés de 30%. "Je dépends des sacs plastiques pour mon travail. Mes bénéfices se réduisent, mais je n'ose pas augmenter mes prix", se désole-t-il.

- "Pas le choix" -

L'alternative existe-elle ? Chang Chiu-hsiang, une épicière de 78 ans, affirme : "Nous n'avons pas le choix. Si nous ne fournissons pas de sacs aux clients, ils s'en plaignent !" Cependant, Li Yu-ping tempère : "Cette crise pourrait avoir un côté positif, car elle pousse les gens à utiliser davantage de sacs réutilisables."

Somsak Jaidee, 62 ans, un vendeur de porridge à Bangkok, souligne : "Tout est plus cher, mais aucun autre emballage n'offre la même commodité que les sacs plastiques".

La situation semble particulièrement incertaine. Début juin, Formosa Petrochemical à Taïwan a annoncé une réduction à 35% de son taux d'utilisation de vapocraqueur d'éthylène, contre 53% en mars. Son président Lin Keh-yen avertit : "La pénurie de matières premières n'est pas le seul problème. Celles qui restent sont devenues excessivement coûteuses, et certains clients n'arrivent simplement plus à les payer".

Les fabricants continuent de transformer le naphta malgré la flambée des prix. Un éventuel accord Iran/États-Unis pourrait relancer le trafic des tankers, mais la normalisation des approvisionnements prendra du temps.

- Diversification -

En Corée du Sud, les tensions d'approvisionnement persistent. Un employé d'un magasin de Séoul rapporte que les délais de commande ont doublé, avec des hausses de tarifs de 30%. Des pressings voisins enregistrent un doublement du prix des housses en plastique.

"Face à l'éternisation du conflit, les fabricants doivent relever leurs prix", confirme la fédération sud-coréenne du secteur, tout en précisant que des alternatives d'approvisionnement ont aidé à stabiliser la situation.

Il a été suggéré d'importer du naphta des États-Unis, d'Algérie, d'Europe ou de Russie, bien que cela entraîne des coûts supplémentaires. Pour Fajar Budiyono, de l'Association indonésienne des industries plastiques, cette diversification a contribué à faire baisser les prix locaux du plastique.

Les fabricants s'orientent vers une gestion des stocks en flux tendus, visant à établir un nouvel équilibre tarifaire, indique-t-il à l'AFP. Le géant pétrochimique indonésien PT Chandra Asri Pacific a levé une déclaration de force majeure début mai après avoir sécurisé des approvisionnements américains.

Aux Philippines, les industriels absorbent en partie les hausses de coûts. Steve Tavera, de la Philippine Plastics Industry Association, souligne que les marges bénéficiaires se sont réduites, incitant les entreprises à rester prudentes avec les augmentations de tarifs tremblantes face aux importations.

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