Près de 80 ans après le meurtre tragique du garde-chasse Louis Boistard, la Cour de révision a décidé de maintenir la condamnation des jeunes chasseurs, malgré l'annulation de leurs aveux obtenus sous la torture.
À la lumière des récentes décisions rendues le 2 juillet par la Cour de révision, qui fait partie de la Cour de cassation, la question de la capacité de la justice à se remettre en cause se pose avec acuité. Alors que la cour a annulé la condamnation à perpétuité de Dany Leprince dans une affaire distincte, elle a pris une direction opposée dans le dossier des deux chasseurs Raymond Mis et Gabriel Thiennot, reconnus coupables du meurtre de Louis Boistard en 1946.
« La justice avait fait la moitié du chemin, elle n’a pas voulu aller au bout »
Selon le président de la Cour, Nicolas Bonnal, « Bien que les enquêteurs n'aient pas exploré toutes les pistes possibles, il semble qu'ils aient raisonnablement suspecté ce groupe de chasseurs après l'autopsie des éléments du dossier ». Cette décision déçoit profondément ceux qui militent pour la réhabilitation des deux hommes.
Me Pierre-Emmanuel Blard, avocat pour les familles, a exprimé sa déception : « La reconnaissance des violences subies par Mis et Thiennot était un pas en avant, mais la justice a choisi de ne pas aller au bout de la démarche ».
La décision, qui ne peut faire l'objet d'un appel, clôt un chapitre tragique qui a commencé le 31 décembre 1946, lorsque le corps de Louis Boistard fut découvert. Les soupçons se portèrent presque instantanément sur des jeunes chasseurs, qui avaient été soumis à de terribles sévices pour obtenir des aveux qu'ils ont ensuite niés.
Ce dossier a été relancé dans les années 80 grâce à l'écrivain Léandre Boizeau qui, dans son livre « Ils sont innocents », a soulevé des questions sur la légitimité de la condamnation.
Après une série de demandes de révisions, c'est une requête récente qui a conduit la justice à reconsidérer l'affaire. La reconnaissance de la torture a permis l'annulation de plusieurs procès-verbaux, mais n'a pas suffi à convaincre la Cour d'accorder la réhabilitation.
Me Jean-Pierre Mignard rappelait lors d'audiences précédentes : « La procédure était viciée dès le départ, ce qui révèle un échec moral des services de justice ». Thierry Thiennot, descendant de Gabriel Thiennot, a souligné la nécessité d'une reconnaissance complète de l'injustice contre son père, tout en exprimant sa déception face à cette « demi-victoire ».







