ENQUÊTE. Avec des publicités virales, des influenceurs musulmans et des vidéos personnalisées d'abattage rituel, la plateforme Qurban, qui permet de commander un mouton pour l’Aïd à distance, révèle un écosystème mêlant business religieux et marketing digital.
À l'approche de l’Aïd el-Kebir, les réseaux sociaux ciblant les musulmans francophones sont envahis par des publicités pour des sacrifices de moutons « clé en main ». En quelques clics, il est possible de financer un sacrifice rituel en Afrique et de recevoir une vidéo nominative du processus d’abattage. Ce marché, en plein essor, est porté par des entrepreneurs habiles dans le domaine du marketing.
Au cœur de ce modèle économique se trouve Qurban, particulièrement actif sur Instagram, TikTok et Snapchat. La plateforme se présente comme un gage de « transparence », « conformité religieuse » et « professionnalisme ». L'utilisateur sélectionne un pays, paie pour son sacrifice et reçoit une vidéo de l'animal abattu avec son prénom mentionné. Le site met également en avant la redistribution de la viande aux populations défavorisées de Madagascar ou de Tanzanie.
Les relais islamiques des réseaux sociaux
Le projet est mené par Fatih Laforgue et son épouse Sara Outis, un couple de Français installé à Médine, en Arabie Saoudite. Sur leur site, ils se décrivent comme des "muhajirin", soulignant leur volonté de quitter l’Occident pour pratiquer un islam jugé plus pur.
Fatih, un diplômé de l’ESSEC, combine ses connaissances en marketing digital avec plusieurs années d’engagement au sein d’organisations islamiques. Sara, quant à elle, a cultivé une influence notable sur les réseaux, où elle présente des contenus axés sur l'identité islamique et critique les normes occidentales.
L'influenceuse islamique et ses discours
Les vidéos de Sara abordent des thématiques telles que la conversion à l’islam et les difficultés liées à la hijra, renforçant un discours identitaire. Ses publications soutiennent souvent une vision critique de la psychologie moderne et promeuvent un style de vie islamique en décalage avec la société française.
Pour développer Qurban, le couple utilise des stratégies marketing ciblées, avec des vidéos qui évoquent des émotions fortes : des images d'enfants africains, accompagnées d'une musique touchante, renforcent l'appel à l’action religieuse. Les campagnes vantent la supervision des sacrifices, renforçant ainsi la confiance des clients.
Un moyen de contourner la loi ?
Les sacrifices pour l’Aïd sont soumis à des réglementations strictes, exigeant leur réalisation dans des abattoirs agréés. Pour de nombreux musulmans, déléguer cette pratique à l’étranger est devenu une norme, rendant ce marché particulièrement lucratif.
D'autres entreprises de l'"économie islamique" émergent en ligne, englobant la finance halal, le coaching religieux et le e-commerce islamique. Fatih Laforgue a également développé Kebchi Solidarity, qui propose des services similaires à Qurban.
Cependant, une question persiste : s'agit-il d'une démarche spirituelle authentique ou d'un business opportuniste flourishing à travers le marketing de la foi ?







