Trois cadres ont repris les Fonderies de Sougland à Saint-Michel-en-Thiérache (Aisne), fondées en 1543 sous François Ier. Initialement en danger de liquidation, cette entreprise spécialisée dans la fonte et l'acier a su rebondir.
« Une fermeture aurait été une véritable catastrophe. Nous sommes des artisans de la fonderie, un savoir-faire unique », affirment Emmanuel Vega, président, Patrice Seret, directeur général opérationnel, et Régis Colignon, directeur général administratif des Fonderies de Sougland, désormais simplement renommées Sougland.
Établies dans un cadre idyllique au bord de la rivière Le Gland, ces fonderies, les plus anciennes de France, ont traversé des moments difficiles, étant placées en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon. Cependant, grâce à une forte solidarité de la part des clients, des administrations, des 50 employés et des fournisseurs, l'entreprise a pu se relancer.
Cette solidarité, couplée à une réduction significative du taux de rebut, de 14 % à 3 %, a permis de rendre les coûts de production plus compétitifs. De nouveaux clients ont également fait leur apparition sur le marché.
Des boulets de canon au nucléaire
Ce dynamisme a convaincu le tribunal de commerce de donner une seconde chance à ces repreneurs. La région a aussi apporté son soutien en accordant un prêt de 300 000 euros sur sept ans pour aider à la stabilisation de la nouvelle structure, un financement complété par un prêt de 150 000 euros de la communauté de communes des Trois-Rivières.
Ces marqueurs d'affection pour une entreprise de 15 000 m², qui autrefois produisait des armes et des boulets de canon, témoignent de l'engagement local. Aujourd'hui, les fonderies adaptent leurs produits aux besoins actuels en fabriquant des pièces en fonte et en acier, labellisées « Vitrine Industrie du Futur », démontrant ainsi leur capacité à innover dans un contexte de transition énergétique.
Travaillant pour divers secteurs comme le naval, le nucléaire, la sidérurgie et le ferroviaire, Sougland compte environ 200 clients, dont l'US Navy et les chantiers de Saint-Nazaire pour des composants de moteur de bateaux. « Nous nous concentrons sur des niches et avons développé un savoir-faire inégalé au fil des décennies. La liquidation aurait été vécue comme une injustice », expliquent les dirigeants, enthousiasmés par cette aventure humaine.
Malgré l'absence de repreneur extérieur, les responsables ont pris l'initiative de reprendre le flambeau, même après 50 ans au sein de l'entreprise. « J'étais encore en période d'essai lors de la constitution du dossier », se souvient avec humour Emmanuel Vega, ancien directeur. « Notre force réside dans notre réactivité. En cas de casse sur une machine, nous pouvons fabriquer une pièce de rechange en quatre jours si nous avons l'outillage. Même les particuliers peuvent nous solliciter », poursuivent-ils.
Un seul bémol persiste : 7 des 50 employés n'ont pu être repris. Mais avec certains proches de la retraite, la décision de redémarrage a offert un soubresaut d'espoir et de confiance à ceux qui restent. « Cela leur permet de se projeter dans l'avenir. Pour certains, leurs pères et grands-pères avaient déjà travaillé ici », concluent-ils.







