"C'est totalement archaïque!" s'insurge Adèle Bourgis, candidate de la liste citoyenne, après des municipales marquées par une égalité parfaite. À Val-de-Scie, une petite ville de Seine-Maritime, le code électoral a une fois de plus favorisé les plus âgés lors d'un second tour où les voix se sont équilibrées entre la liste sortante de Christian Suronne et celle de Bourgis, chacune totalisant 642 suffrages.
Ce sont finalement la moyenne d'âge des candidats et cette règle controversée qui ont permis au maire sortant, âgé de 79 ans et en fonction depuis 1977, de conserver son mandat. "Nous étions en pleine consternation en constatant l'égalité", confie Bourgis, 37 ans, professeure de chant, qui voit dans cette décision une profonde injustice.
Après ce résultat, la liste de Bourgis s'est vu attribuer seulement six des 27 sièges du conseil municipal, alors qu’elle représente près de la moitié de la population électorale. "Notre voix est réduite à 22%!" déplore-t-elle, considérant cela comme un coup dur pour la démocratie. Un sentiment partagé par Émilie Masseron, sa colistière de 43 ans, qui se dit désillusionnée face à une loi datant du XIXe siècle, alors même que les institutions appellent les jeunes à s'engager.
Ce cas n'est pas isolé : sept autres communes ont également connu des situations d'égalité lors de ce scrutin. Ces résultats ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment de la part de la Fédération française de la Lose (FFL) qui a ironisé sur le poids des années dans la politique locale. Leur message sur X a provoqué de nombreux partages, rendant la situation encore plus visible.
Face à ce constat, une pétition a été mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale, appelant à revoir l'article L262 du code électoral. Intitulée "Cas d'égalité aux élections : la valeur n'attend point le nombre des années!", celle-ci propose diverses solutions, comme la création d'une gouvernance partagée ou l'organisation d'un 3ème tour.
Mais pourquoi ce privilège à l'âge? Selon le politologue Romain Pasquier, c'est un héritage culturel et institutionnel ancré dans l'histoire républicaine française. "L'âge a traditionnellement été associé à la sagesse", explique-t-il. Toutefois, avec le vieillissement de la population, cette logique mérite d'être repensée.
Pour exprimer leur mécontentement, la liste perdante a appelé ses soutiens à manifester devant la mairie au moment de l'installation du nouveau conseil municipal. Christian Suronne a exprimé sa sensibilité à cette frustration, mais a également indiqué qu'il est tenu de respecter une loi qui, bien qu'imparfaite, est en vigueur.







