Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, la France met en place une approche inédite pour sécuriser ses approvisionnements en munitions tout en soutenant son secteur de défense. Lors d'une annonce faite le 25 mars, le Premier ministre a révélé des nouvelles commandes de munitions dans le cadre d'une mise à jour de la loi de programmation militaire (LPM), dont l'examen sera « accéléré » en réponse aux conflits actuels.
Le gouvernement français prévoit d'injecter 36 milliards d'euros supplémentaires dans la LPM, qui passera ainsi à un budget de 449 milliards d'euros pour la période 2024-2030. Cette décision a été motivée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran, qui ont entraîné des répercussions sur la région, touchant même certains pays du Golfe alliés de la France. Le Premier ministre a notamment souligné l'« urgence » de produire des munitions, alors que la France est devenue l'un des pays européens les plus engagés dans cette crise, aux côtés du Royaume-Uni.
« L'urgence, ce sont évidemment les munitions. Nous prévoyons d'investir 8,5 milliards d'euros de commandes supplémentaires entre 2026 et 2030, en plus des 16 milliards déjà prévus dans la LPM votée l'année dernière », a affirmé Sebastien Lecornu. En décembre, il avait déjà insisté sur l'« urgence à reconstituer les stocks » de matériel militaire, incluant un passage à la production en masse de drones.
Le Premier ministre a également prévu de réunir plusieurs ministres à Matignon pour évaluer la capacité des industriels à satisfaire ces requêtes dans le cadre de ce qu'il a qualifié d'« économie de guerre ».
Création d'une nouvelle usine de production de drones
Avec ces nouvelles commandes, la France devrait consacrer « un effort financier quatre fois plus important que la précédente LPM », a insisté Lecornu, qui inaugurera prochainement une nouvelle usine de drones dans l'Essonne. En outre, une plateforme nommée « France Munitions » sera mise en place. Celle-ci agira comme « un grossiste de munitions », financée à la fois par l'État et par des investisseurs privés, accompagnée d'un plan de soutien de 300 millions d'euros pour l'industrie « duale » (civile et militaire).
La mise à jour de la LPM introduira également un « nouveau régime d'état d'alerte de sécurité nationale », permettant une application exceptionnelle des normes du code de la défense en cas de menace. Cette proposition a suscité un consensus parmi les députés.
Lecornu a exprimé l'espoir que les récentes déclarations de l'Iran concernant le passage des « navires non hostiles » à travers le détroit d'Ormuz marquent un « changement de phase dans cette crise ». « Nous devons tout faire pour éviter que cette crise de circulation ne se transforme en crise de production », a-t-il ajouté.
Tout en étant contraint par la discipline budgétaire, le gouvernement français ne prévoit pas de diminuer les taxes sur les carburants pour le moment, mais envisage des mesures pour soutenir les secteurs les plus touchés par cette crise.







