ENTRETIEN. Le premier tour des élections municipales révèle un paysage politique en plein bouleversement. Entre l'essor du Rassemblement national, la progression de La France insoumise (LFI) dans les grandes villes, et l'affaiblissement du macronisme, le politologue Arnaud Benedetti analyse pour Valeurs actuelles les nouvelles dynamiques qui structurent la vie politique locale.
Valeurs actuelles. Le climat international a-t-il eu un impact sur le premier tour des municipales ?
Arnaud Benedetti. Bien que la couverture médiatique ait davantage mis en avant des sujets internationaux, notamment la situation à Gaza, cela n'a pas eu d'effet majeur sur la participation, qui est historiquement basse. La réforme de mai dernier, visant à instaurer des listes paritaires et à limiter le panachage, a sans doute joué un rôle déterminant, en menant à une généralisation des listes uniques dans de nombreuses communes rurales. L'actualité internationale a pu influencer à la marge, mais n’a pas structuré le débat électoral.
Quels sont les enseignements clés de ce scrutin ?
Trois points saillants émergent : d’abord, le nombre exceptionnel de listes dépassant les 10 % permet d'observer une multitude de triangulaires et même de quadrangulaires, y compris dans les grandes métropoles. Deuxièmement, le Rassemblement national affiche une dynamique soutenue avec la reconduction de plusieurs maires et des victoires notables dans des villes de plus de 10 000 habitants. Enfin, La France insoumise se démarque, particulièrement en milieu urbain, où elle a su s'imposer, comme à Saint-Denis et Roubaix, ce qui explique les collaborations entre le Parti socialiste, les écologistes et LFI, comme à Lille.
Quant à Les Républicains, leur situation est plus contrastée. Bien qu’ils conservent des bases solides grâce à des maires en place, ils éprouvent des difficultés à s'imposer dans les grandes villes. Des exemples comme ceux de Marseille montrent que leur approche, souvent rapprochée du macronisme, ne convainc pas suffisamment.
Et qu'en est-il du Parti socialiste ?
Le PS se trouve sous une pression croissante de LFI, créant une dynamique qui pousse ses dirigeants à accepter de plus en plus d'alliances. Ce premier tour témoigne aussi d'une marginalisation du macronisme, qui n'a pas réussi à marquer des points majeurs dans ce scrutin. Exception faite d'Édouard Philippe, qui continue à maintenir une posture forte sur la scène nationale, le reste du centre ne semble pas parvenir à s'imposer.
Le second tour pourrait bien redessiner encore le paysage politique, mais ce premier tour illustre déjà les fractures et les alliances qui redéfinissent notre paysage électoral.







