Le 5 novembre dernier, Rachida Dati a présidé la cérémonie inaugurale de remise du tout premier Prix des livres pour bébés.
Cette récompense vise à mettre en valeur les ouvrages destinés aux enfants de moins de trois ans, qualifiés par la ministre de "premiers livres d’une vie". C’est l’auteure Aurore Petit qui a eu l’honneur de recevoir un chèque de 4 000 euros pour son ouvrage Eté Pop. Bien qu'elle ait manifesté une joie certaine, elle a avoué être surprise qu’un livre, qualifié de "si simple", soit ainsi distingué. En réalité, l'intrigue y est quasi absente, et l'ouvrage se compose essentiellement de six pop-ups au design rudimentaire.
Ce n'est pas la première initiative de Mme Dati dans le domaine littéraire. On se souvient de l'opération “Ma première carte de bibliothèque”, encourageant les maires à offrir une carte de bibliothèque aux enfants dès leur naissance. Cette démarche soulève la question de la responsabilité de l'État dans la convivialité des bibliothèques municipales.
Cette agitation autour de la puériculture au ministère mérite une attention particulière. Au-delà d'une tendance à soutenir un souvenir collectiviste, ce prix semble témoigner de l'inquiétude d'un État face à l'incapacité de nombreux adultes, y compris parents et enseignants, à guider les enfants dans leur initiation à la lecture. Comme l’a souligné un rapport récent publié par le ministère de l'Éducation, de nombreux élèves ont désormais recours à des tablettes dès leur plus jeune âge, et la qualité de l’enseignement littéraire semble en nette régression.
Les comportements de lectrices et lecteurs adultes, y compris des enseignants, ainsi que les genres littéraires privilégiés, sont également concernés. Les livres du moment se concentrent souvent sur des sujets contemporains et légers, tandis que les œuvres classiques semblent reléguées au second plan. Ces tendances montrent un déclin dans les attentes littéraires de la société. Un expert en éducation, interrogé par Le Monde, a avancé que cette tendance à privilégier le divertissement sur l’éducation est source d’un appauvrissement culturel vertigineux.
Cependant, cette initiative pourrait également indiquer une forme de réaction à un constat alarmant : de nombreux parents ne possèdent pas les outils nécessaires pour introduire la littérature à leurs enfants. Depuis des années, le cercle vicieux se perpétue où l'absence d'héritage culturel entraîne des générations incapables de transmettre des récits traditionnels, fables ou mythologies.
Les responsables politiques, avec la meilleure des intentions, semblent piégés dans une logique étatiste. Ils imaginent des solutions telles que des prix littéraires pour compenser les lacunes dans l’éducation. Bien que cela montre une volonté d’agir, le résultat reste discuté. À l'heure où il serait judicieux de redéfinir les objectifs d'apprentissage sans alourdir les programmes, ces décisions semblent plutôt alimenter une spirale de contrôle visant à maintenir la lecture aux dépens d'une diversité littéraire véritable.
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