Deux enquêtes judiciaires ont été lancées à Angers et Bordeaux suite aux décès suspects de deux nourrissons ayant consommé du lait infantile Guigoz, dont certains lots ont été rappelés par Nestlé en raison de craintes de contamination bactérienne. Bien qu'aucun lien direct n'ait été établi à ce jour, la question est actuellement examinée par la justice, dans un contexte d'inquiétude grandissante parmi les parents.
La première enquête a été ouverte à Angers après le décès, survenu le 23 décembre, d'un bébé âgé de 27 jours. Deux jours plus tôt, sa mère avait indiqué que l'enfant avait consommé une boîte de lait issue des lots rappelés. Le parquet d'Angers s'intéresse alors à une éventuelle connexion entre cette consommation et le décès tragique. Une enquête similaire a été lancée à Bordeaux après un autre décès survenu début janvier. Les investigations portent sur la possibilité d'une contamination par une toxine commune, potentiellement dangereuse pour les nouveau-nés.
Un lien de causalité difficile à établir à ce stade
Le procureur d’Angers a précisé qu'il est encore prématuré de tirer des conclusions quant à un lien direct entre les décès et la consommation du lait infantile. Des examens approfondis sont en cours, menés en collaboration avec un laboratoire français, tandis que des analyses à l’étranger pourraient également être envisagées. Les autorités espèrent obtenir des résultats dans les jours à venir.
Pour Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants, le défi réside dans l'incapacité scientifique actuelle à détecter la toxine suspectée dans les organismes des nourrissons. "Nous ne pouvons pas établir de lien de cause à effet car les scientifiques affirment que cette toxine n'est pas décelable chez les enfants. C'est une difficulté reconnue," a-t-il déclaré.
La toxine en question, la céréulide, est produite par une bactérie dans des conditions spécifiques de production. Elle peut entraîner de sévères diarrhées et vomissements chez les nourrissons, et pourrait contaminer l'ensemble de la chaîne de fabrication. "Cette contamination potentielle soulève d'autant plus d'inquiétudes qu'elle touche des laits infantiles, des produits consommés quotidiennement par des millions d'enfants," a ajouté Guillemain.
Une communication très limitée des autorités sanitaires
Quentin Guillemain, dont la fille avait souffert de contaminations lors du scandale des salmonelles impliquant Lactalis, a dressé un bilan alarmant de la situation actuelle. "Nous faisons face à un rappel sans précédent pour ce type de produits. Actuellement, plus de 800 marques sont concernées à l'échelle mondiale, faisant craindre d'autres tragédies en France," a-t-il averti.
Il a également souligné l'angoisse massive des parents devant ces rappels successifs et imprévisibles. "Certains pensaient avoir été soulagés après un premier rappel, mais se sont retrouvés confrontés à un deuxième rappel seulement trois semaines plus tard," a-t-il indiqué.
L’association déplore une communication jugée "très limitée, voire presque inexistante" de la part des autorités de santé. "Il semble qu'il n’y ait pas de sujet. La seule communication récente indique qu'il n’y a pas de lien, alors que deux décès sont survenus et que des parents signalent des symptômes inquiétants chez leurs enfants," a déploré Guillemain.
Engagé depuis 2017 dans la lutte pour la sécurité alimentaire, il a constaté une détérioration de la situation. "Les entreprises ne s'avèrent pas capables de réaliser les tests nécessaires. C'est vraiment grave, c'est presque de l'homicide volontaire," a-t-il affirmé, évoquant la possibilité d’un recours juridique, qu'il considère comme "la seule solution".







