Lors d'une audition au Sénat ce mercredi, des représentants de différentes associations, dont SOS Périscolaire et MeTooEcole, ont dénoncé un "système qui tient par le silence" face aux violences, notamment sexuelles, survenant dans le périscolaire.
Cette réunion a marqué le début des travaux d’une mission d’information sénatoriale visant à dresser une cartographie nationale des violences, explique la rapporteure Agnès Evren, sénatrice LR de Paris. "Il est crucial de quantifier l’ampleur de ces actes pour mieux y remédier", a-t-elle souligné.
SOS Périscolaire a révélé avoir été contacté par plus de 530 familles provenant de 70 départements et 16 régions. Ce collectif, fondé en 2021 par des parents de Paris, a vu le Parquet ouvrir des enquêtes sur 84 écoles maternelles, plusieurs écoles élémentaires et crèches, avec plus de 130 animateurs suspendus cette année.
Elisabeth Guthmann, cofondatrice de SOS Périscolaire, a précisé que 60% des signalements concernent des violences psychologiques, un tiers des violences physiques et 20% des violences sexuelles. Actuellement, 75 familles sont accompagnées sur des dossiers de viols et d'agressions sexuelles visant des enfants de 3 à 6 ans.
MeTooEcole, qui a vu le jour en novembre 2025, a rapporté que 40% des violences sexuelles sur mineurs se produisent à l'école ou dans le cadre périscolaire, mais que ces statistiques sont largement sous-estimées et mal mesurées.
Les associations décrivent un mécanisme récurrent dans la gestion des signalements : "La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, et l’agent concerné soit reste en poste soit change d’école", résume SOS Périscolaire.
Les témoignages rapportent un renvoi systématique de responsabilités entre institutions. Lorsque l'école évoque la compétence de la commune sur le périscolaire, la commune elle-même se dédouane en renvoyant vers la justice, ce qui rend les familles désemparées. "Trop souvent, les familles ignorent même qu'un adulte portant plainte a eu leur enfant sous sa responsabilité, en raison du secret de l'enquête", a ajouté SOS Périscolaire.
Le collectif souligne que l'enfant qui se manifeste est souvent traité de "menteur", ce qui crée un climat de dissuasion pour d’autres victimes potentielles. Dans certaines communes, des menaces de plaintes en diffamation sont même portées contre les parents qui osent alerter, selon Mme Guthmann.
La loi impose pourtant aux autorités, comme les maires et directeurs d'école, de signaler tout crime ou délit au procureur, mais cette obligation est rarement respectée, même dans des villes comme Paris, affirme SOS Périscolaire.
L'avocate Nathalie Bucquet, travaillant avec l'organisation Innocence en danger, a aussi dénoncé le manque de moyens dans plusieurs départements, notamment à Paris, ce qui empêche d'identifier toutes les victimes de prédateurs.
MeTooEcole a déploré les carences systémiques : "La prévention, le recrutement, le contrôle, le signalement et la protection immédiate" ne sont pas correctement mis en œuvre, a affirmé Barka Zerouali, cofondatrice de l'organisation.
SOS Périscolaire a également critiqué les méthodes d’audition des enfants, citant un incident à Colombes où 90 enfants ont été interrogés en une après-midi par deux officiers, sans respect des procédures adaptées. Selon Anne, cofondatrice de l'association, de nombreux cas similaires ont été rapportés.
Les familles, confrontées à des frais de justice et à des soins psychologiques, vivent des situations de crise. Certaines doivent changer d'école ou de travail, alors que ce sont souvent les enfants qui changent de structure, tandis que les animateurs impliqués restent dans leurs postes.







