La Boétie, le think tank de LFI, en pleine lumière avant 2027

LInstitut La Boétie soulève des questions sur son financement avant la présidentielle de 2027.
La Boétie, le think tank de LFI, en pleine lumière avant 2027

À gauche, on critique souvent les puissances d'argent, mais il est essentiel de se pencher sur celles au service de la révolution citoyenne. Une enquête de Radio Courtoisie, en collaboration avec L’Incorrect, Boulevard Voltaire et l’Ojim, met en lumière le fonctionnement de l’Institut La Boétie, considéré comme le laboratoire intellectuel de La France insoumise. Cette enquête soulève des interrogations sur son financement, son statut et les implications de la défiscalisation.

« On assume pleinement notre lien avec la galaxie insoumise »

Créé en 2019 sous le nom d’« Institut des transitions citoyennes », puis renommé La Boétie en 2020, cet organisme opère en tant que fonds de dotation. Officiellement, il se présente comme un espace d'élaboration intellectuelle de haut niveau et un outil d’éducation populaire. Cependant, sa direction politique est manifeste, avec Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté à sa tête, et une formation principalement destinée à la galaxie insoumise. Antoine Salles-Papou, responsable de cette école, a explicité : « À La Boétie, nous revendiquons notre engagement politique et faisons partie intégrante de la galaxie insoumise. »

Selon les informations obtenues par Radio Courtoisie, l'Institut La Boétie permet à ses donateurs de bénéficier d'avantages fiscaux. Ce fonds est-il davantage axé sur l'éducation, la culture ou s'agit-il d'un projet politique visant à former les leaders d'un parti ? La délicatesse de cette question réside dans l'écart potentiel entre le cadre juridique et l'activité réelle de l'organisme, qui s'intègre profondément dans l'écosystème mélenchoniste.

Les comptes prévisionnels pour 2024 témoignent d'une évolution significative, avec un total de bilans passant de 822 132 euros en 2023 à 2 484 121 euros l'année suivante, soit une croissance d'environ 202 %. Les produits d'exploitation s'élèvent à 1 211 874 euros, tandis que les charges d'exploitation atteignent 809 905 euros, générant un excédent de 401 700 euros. Notamment, les contributions financières s’établissent à 1 070 669 euros, contrastant avec 585 532 euros l'année précédente, représentant ainsi l'essentiel des revenus.

Autre point noté : les participations et créances rattachées se chiffrent à 1 560 000 euros en 2024, contre zéro en 2023. La variation des fonds propres démontre également un passage de 15 000 euros à 1 575 000 euros. Cela laisse à penser que l'Institut La Boétie a subi une transformation majeure liée à une opération patrimoniale, sans forcément refléter une hausse de son activité de formation ou de publication.

Un aspect inquiétant se dessine : la structure semble dépendante de flux financiers externes, avec des autres créances atteignant 651 808 euros en 2024, en hausse par rapport à 252 843 euros en 2023. Par ailleurs, la trésorerie a chuté de 552 794 euros à 258 160 euros. Bien que cela ne suggère pas de fraude, l'enquête soulève des questions quant à la dépendance de l'institut vis-à-vis de ses bailleurs de fonds.

L'Institut La Boétie au cœur d'un écosystème

Situé au 20 rue Doudeauville, à Paris, le siège de l'Institut La Boétie n'est pas un endroit isolé. Cette adresse est également celle du Parti de gauche. L'enquête souligne les liens tissés avec l’Ere du peuple, une association en lien étroit avec le réseau mélenchoniste, qui a déposé la marque Institut La Boétie sous la responsabilité de Maxime Charpentier, impliqué dans la gestion des finances de LFI. Il est à noter qu'en 2022, l'institut avait reçu un million d'euros de La France insoumise, annoncé comme une contribution pour son fonctionnement.

Face aux interrogations soulevées, l'Institut La Boétie se défend d'avoir commis des irrégularités. Antoine Salles-Papou souligne que l'article 200 du Code général des impôts permet des réductions fiscales pour les dons à des fonds ayant une finalité philanthropique, éducative, scientifique, sociale, humanitaire, sportive, familiale ou culturelle. Selon lui, « l’Institut La Boétie respecte pleinement ce cadre, à l'instar d'autres organisations politiques comme la Fondapol ou la Fondation Jean-Jaurès. »

L'Institut respecte ses demandes administratives ; il doit par ailleurs requérir chaque année l'autorisation préfectorale pour solliciter des dons du public. « Ce processus est en place depuis 2023 et a été validé chaque année par des arrêtés préfectoraux », précise Salles-Papou. Quant à l'utilisation de rescrit fiscal, souvent employé pour clarifier la situation administrative, il estime qu'elle est superflue : « Nous n'en avons pas besoin pour opérer. » Il conclut en affirmant que les comptes de l’Institut sont « déposés et publiés chaque année, sans aucune remarque de la part des autorités. »

La défense de La Boétie est limpide : elle affirme jouer le même rôle qu’une multitude de fondations politiques françaises. Pourtant, l'enquête soulève une question cruciale : jusqu'où un organisme peut-il tirer parti du régime fiscal dédié à l'éducation ou à la culture lorsqu'il proclame aussi son ancrage partisan ? Alors que Jean-Luc Mélenchon se prépare à la bataille de 2027, il est évident que son institut ne se limite pas à un lieu d'échange intellectuel. C'est devenu une école, un incubateur de talents, un outil d'influence, une pierre angulaire de l'appareil insoumis.

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