La publication d’une étude de faisabilité rafraîchie par Energy Fuels souligne son ambition de faire de Vara Mada, anciennement Toliara, un élément clé dans l'approvisionnement en terres rares pour l'Occident. Toutefois, l'entreprise américaine doit composer avec un contexte politique incertain, des négociations fiscales toujours en suspens et des enjeux environnementaux persistants.
Établie à Lakewood, Colorado, Energy Fuels a acquis Vara Mada lors de l'achat de Base Resources en 2024. L'étude indique que le projet pourrait générer en moyenne 959 000 tonnes d'ilménite, 66 000 tonnes de zircon et 8 000 tonnes de rutile chaque année, sur une durée de 38 ans. À cela s'ajouterait une production annuelle de 24 000 tonnes de monazite, importante source de métaux rares.
Les terres rares, bien qu'essentielles pour des secteurs tels que les véhicules électriques et les énergies renouvelables, sont principalement extraites en Chine. Ce pays utilise sa domination pour influencer ses relations commerciales avec les États-Unis et l'Union européenne. La décision d'intégrer la monazite dans le projet, prise en 2023 par Base Resources, a plus que doublé la valeur nette du projet, qui s'élève aujourd'hui à 1,8 milliard de dollars après impôts, selon Energy Fuels.
Négociations en cours
Une fois la mine opérationnelle, Energy Fuels envisage l'expédition de la monazite vers les États-Unis pour transformation en oxydes de terres rares dans son usine de White Mesa Mill. À pleine capacité, cette production pourrait satisfaire jusqu'à 30 % de la demande américaine en oxydes de terres rares légères et 85 % pour les oxydes lourds.
Cependant, plusieurs étapes doivent être franchies, notamment le financement du projet, évalué à 104 millions d'euros avant la décision finale d'investissement. Après cette étape, 660 millions d'euros supplémentaires seraient nécessaires pour la première phase, puis 122 millions d'euros pour la seconde. Parallèlement, Energy Fuels discute des conditions fiscales avec le gouvernement malgache, un préalable indispensable pour un engagement définitif.
En décembre 2024, un protocole d'accord avait été signé avec le gouvernement dirigé par Andry Rajoelina, stipulant une redevance unique de 5 % sur les produits miniers et un engagement financier de 68,7 millions d'euros pour des projets sociaux. Néanmoins, le changement de régime en octobre 2025 impose à l'entreprise de relancer les négociations avec les nouvelles autorités.
Enjeux et incertitudes
Le projet Vara Mada est crucial pour Madagascar, un pays dont l'économie, dépendant à 5 % de l'exploitation minière, a souffert d'une chute des prix du nickel et du cobalt. Selon les analyses du Fonds monétaire international, le déficit du compte courant du pays pourrait atteindre 5,4 % du PIB en 2024, accentuant la nécessité d'un redressement économique à travers de nouveaux investissements dans le secteur minier.
Toutefois, des préoccupations demeurent quant aux impacts sociaux et environnementaux du projet, notamment des risques liés à la consommation d'eau et à d'éventuelles émanations radioactives. Des ONG comme CCFD-Terre Solidaire ont exprimé des craintes quant à l'impact potentiel sur les ressources en eau de la région, essentielles pour l'agriculture locale. Ces préoccupations doivent être prises au sérieux pour garantir un développement durable à Madagascar.







