À 7h13, le premier train de passagers des Émirats arabes unis fait son entrée majestueuse en gare d'Abou Dhabi. Si cette scène parait banale ailleurs dans le monde, elle demeure rare dans la région du Golfe, où le développement ferroviaire accuse un certain retard.
Près de vingt ans après l'annonce d'un ambitieux projet de réseau ferroviaire destiné à relier les six monarchies de la péninsule, les Émirats émergent comme le deuxième pays, après l'Arabie saoudite, à proposer une connexion ferroviaire interurbaine pour voyageurs.
Partie de Fujairah un peu moins de deux heures auparavant, Roda témoigne de l'ampleur de ce changement pour les résidents de son émirat, éloigné des lumières d'Abou Dhabi et de Dubaï. "Cela facilitera grandement les déplacements, que ce soit pour le tourisme ou le travail. Avant, il fallait réfléchir à deux fois avant de venir ici", s'enthousiasme-t-elle, saluant la qualité du service à bord, du confort des sièges en cuir flambant neufs à l'amabilité du personnel.
- "Des paysages à couper le souffle" -
Exploité par Etihad Rail en collaboration avec Keolis, une filiale de la SNCF, cette première liaison n'est qu'un début : dix autres stations sont prévues pour ouvrir d'ici un an, notamment à Dubaï, où Gunjan Chaurasia vit depuis deux décennies.
Impatiente de revivre l'expérience du train, la professionnelle de l'immobilier, âgée de 42 ans, a parcouru plus de cent kilomètres en voiture jusqu'à Fujairah pour être l'une des premières à monter à bord du train inaugural. "Les paysages étaient incroyables, inaccessibles par la route", raconte-t-elle, se remémorant les temps passés avec le premier métro de Dubaï en 2009.
Cependant, le train ne se positionne pas encore comme la solution idéale face aux coûts d'essence relativement bas et à la distance des gares des centres-villes. Malgré cela, ce nouveau mode de transport a le potentiel d'inciter les habitants à explorer d'autres émirats, selon elle.
Etihad Rail est également en train de développer un projet de train électrique à grande vitesse qui reliera Abou Dhabi à Dubaï, avec des prévisions de mise en service dans quelques années.
Ce réseau ferroviaire est présenté comme un outil de cohésion pour une fédération composée de sept émirats, aux niveaux de développement variés.
"C'est un moment historique pour les Émirats", souligne Adhraa AlMansoori, directrice commerciale d'Etihad Rail Mobility. "Cela transformera la conception des villes et les modalités de déplacement des habitants". Selon elle, le projet pourrait rapporter plus de 90 milliards de dirhams (environ 21,5 milliards d'euros) sur une période de cinquante ans.
- Un enjeu stratégique face aux tensions dans la région -
Les Émirats disposent actuellement de près de 900 kilomètres de voies ferrées, principalement dédiées au fret. Ces infrastructures ont pris une importance stratégique au vu des troubles récents au Moyen-Orient, notamment depuis le début de la guerre fin février. Avec les perturbations du trafic maritime à l'entrée du Golfe, la route vers le port de Fujairah, sur le golfe d'Oman, a été valorisée pour rediriger certaines marchandises.
Ce projet devait intégrer initialement un réseau régional de plus de 2 000 kilomètres, annoncé en 2009, pour faciliter le transport inter-pays des passagers et des marchandises entre l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, Bahreïn et Oman. À ce jour, seule la portion connectant les Émirats au port de Sohar, au nord d'Oman, est en construction.
Malgré la relance de l'intérêt pour le rail en raison de la conjoncture actuelle, les initiatives régionales rencontrent des obstacles dus aux rivalités géopolitiques et économiques, notamment entre les Émirats et l'Arabie saoudite. Samriddhi Vij, analyste du groupe de réflexion ORF Middle East basé à Dubaï, note : "Le développement du rail aux Émirats témoigne davantage d'une dynamique propre que d'une véritable intégration régionale". Elle insiste sur le fait que la volonté politique reste un facteur déterminant pour faire avancer ces projets.







