Alors qu'une grande partie du monde subit les conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, un rapport indique que la Chine tire son épingle du jeu.
Une citation célèbre de Martin Luther King stipule que "chaque crise a ses dangers et ses opportunités". Ce dicton semble s'appliquer à la crise économique résultant du blocage du détroit d'Ormuz, selon un rapport publié récemment par Asia Group, un cabinet de conseil de Washington. Depuis le mois de mars, l'Iran a imposé des restrictions sur cette voie maritime cruciale pour le transport de pétrole et de gaz, en réponse aux frappes américaines. "Il est indéniable que la Chine s'avère être le grand gagnant de cette crise", déclare Kurt Campbell, président d'Asia Group. Ce pays se positionne favorablement alors que la majorité de l'Asie dépend à 80 % de son pétrole et 90 % de son gaz naturel transitant par ce détroit.
L'une des raisons avancées, soulignée dans un article du New York Times, peut être attribuée à la capacité de la Chine à diminuer sa dépendance énergétique vis-à-vis des importations de pétrole. En mai, les importations de pétrole ont chuté de 30 %. Simultanément, Xi Jinping a investi massivement dans des projets visant à atteindre l'indépendance énergétique de la Chine. De nombreux milliards ont été alloués aux énergies renouvelables, notamment solaire, éolienne et hydroélectrique. Actuellement, les dépenses énergétiques de la Chine représentent un tiers de sa consommation, soit 50 % de plus que celles des États-Unis et de l'Europe, selon le Financial Times. En conséquence, la Chine peut tirer parti de cette situation, tandis que d'autres pays d'Asie du Sud-Est rejettent des technologies américaines au profit de l'expertise chinoise.
Ainsi, la Chine apparaît comme une alternative séduisante face aux États-Unis de Trump, dont les changements de cap agacent même les alliés. De plus, cela lui permet de se protéger des volatilités des prix énergétiques et de renforcer sa position de leader régional. Un entrepreneur exportateur de prototypes à Hangzhou a partagé avec le Financial Times que l'un de ses clients envisagerait de ramener certaines commandes en Chine plutôt que de les maintenir au Vietnam ou au Cambodge. Ce rapport souligne le succès stratégique de la Chine, particulièrement mis en lumière par la situation délicate de ses voisins.
L'Asie du Sud-Est frappée de plein fouet
Le rapport d'Asia Group, qui a intégré l'intelligence artificielle pour prévoir les réactions des gouvernements et entreprises, illustre la position d'exception de la Chine. Au Laos, le gouvernement a été contraint de fermer des centaines de stations-service et de réduire la scolarité à quatre jours par semaine. En Indonésie, la monnaie a connu une chute sans précédent, atteignant plus de 18 000 roupies pour un dollar américain en début de juin, poussant le pays à négocier directement avec l'Iran pour le passage des navires pétroliers. L'Inde, qui critique fréquemment les droits de douane imposés par Washington, se.finde dans une position délicate, nécessitant le soutien américain alors que deux barils importés sur trois transitent par Ormuz. Enfin, au Japon, les entreprises automobiles affrontent des difficultés face à la hausse des coûts et aux pénuries d'aluminium.
Kurt Campbell précise que l'important est de savoir combien de temps cette situation persistera. Il estime que le blocage du détroit d'Ormuz aura des répercussions "profondes et durables" sur les chaînes d'approvisionnement des pays mentionnés. Cela pourrait renforcer encore davantage la position stratégique de la Chine en Asie.







