La procrastination, bien que souvent considérée comme un mal moderne, n'est pas un néologisme. Muriel Gilbert nous plonge dans son histoire et sa résurgence récente.
Ce matin, notre ami Michel, des Sables-d’Olonne, pose une question pertinente : "J'aimerais connaître votre avis sur le mot procrastination, récemment utilisé à plusieurs reprises dans un article de Paris Match en rapport avec M. Macron." Ce terme a également été mentionné sur RTL par un écrivain interrogé par Olivier Boy, soulevant la curiosité de nombreux auditeurs. Mais qu'est-ce que cela signifie réellement ? Est-ce un mot nouveau, ou est-il simplement redécouvert ?
Commencez par une définition : procrastiner signifie "remettre à demain ce que l’on pourrait accomplir aujourd’hui". Ce terme est particulièrement pertinent en cette période de déclaration de revenus, un moment souvent propice à la procrastination. “As-tu déjà rempli ta déclaration d’impôts ? Mmmh, jusqu’à quand avons-nous le temps ? Je suis tenté de procrastiner encore un peu !”
Michel se demande si nous avons affaire à un néologisme. La réponse est non, le terme n’est pas récent, mais il n’a pas été largement utilisé jusqu’à récemment. Il s’agit donc d’un retour en grâce d’un mot qui avait sombré dans l’oubli. Je me souviens avoir découvert ce terme dans le roman Le Monde selon Garp de John Irving, publié en 1985. À l'époque, la recherche dans les dictionnaires ne m’avait pas permis de l'identifier, ce qui m’avait laissée perplexe.
Un mot émergent depuis 2015
Étonnamment, ce terme n’a été intégré dans le Petit Larousse et le Petit Robert qu’en 2015. Il semble donc que Michel utilise un dictionnaire antérieur à cette date. Emprunté au latin procrastinatio, signifiant "ajournement", ce mot est composé de pro,"devant", et cras,"demain". Bien qu'il ait été utilisé au XVIe siècle, il a peu à peu disparu de l’usage courant entre le XVIIe et le XIXe siècle. On constate sa réapparition chez des auteurs comme Proust au début du XXe siècle, mais rarement plus.
Fait amusant : le mot a été adopté du français par l’anglais au XVIe siècle, d'où sa popularité accrue outre-Manche. Ce succès anglophone a permis à procrastination de retrouver sa place dans le langage courant français à la fin du XXe, et surtout au début du XXIe siècle. Les langues évoluent et s’influencent mutuellement, démontrant que procrastination est un mot savant qui revient après un long passage par l’anglais.
La question du jour
Sur Instagram du Bonbon sur la langue, une auditrice s’interroge sur l’accord des adjectifs dans l’expression “une équipe d’archéologues déterminé/s et obstiné/s”. Dans ce cas, selon les règles de l'accord des collectifs, vous pouvez inclure les adjectifs au féminin singulier pour le collectif "équipe" ou au masculin pluriel pour les "archéologues". Ainsi, vous pouvez choisir d’utiliser soit le féminin singulier, soit le masculin pluriel selon le contexte. Une belle façon de jouer avec les nuances de la langue !







