Ce lundi 13 avril, la cour d’assises d’Aix-en-Provence a infligé de lourdes peines à deux figures clés de la DZ Mafia. Gabriel Ory a reçu une peine de réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté, tandis qu'Amine Oualane écopé de 18 ans de prison pour leur implication dans un double meurtre survenu en 2019. Toutefois, dans les cités marseillaises, le trafic de drogue reste tristement florissant, soutenu par des relais sur le terrain et des leaders encore en liberté, souvent à l’étranger.
Des quartiers tels que la Castellane, qui a été au cœur de nombreuses opérations policières, témoignent d’une résilience surprenante du trafic. Les activités illégales ont rapidement repris, et à la Bricarde, des dispositifs de sécurité pour contrarier les forces de l’ordre sont toujours en place, illustrant une organisation rodée.
Eliott, habitant du secteur, observe un statu quo : "Il n'y a pas un grand changement. Malgré les arrestations des chefs, les trafiquants continuent d’opérer. Les clients affluent toujours, et rien ne semble vraiment avoir changé".
Du côté des quartiers sud, la crainte persiste. Asa, un résident, témoigne de son malaise face à une réalité quotidienne marquée par la présence de dealers. "Nous ne sommes jamais vraiment à l'abri. Pour moi, la situation ne risque pas de s'améliorer".
Incursions en prison : une organisation qui s’adapte
Bien que plusieurs figures de la DZ Mafia soient actuellement détenues dans des prisons de haute sécurité, comme à Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe, cela compliquera la gestion du réseau, sans toutefois l’empêcher de fonctionner. En effet, certains dirigeants continuent d’opérer depuis l’extérieur. D'après de récents rapports d’enquête, trois ou quatre chefs présumés restent en liberté, avec au moins deux se cachant en Algérie.
Philippe Albrand, ancien numéro deux de la brigade criminelle de Marseille, souligne la difficulté de lutter contre ces leaders restants. "Contrer ces cadres qui demeurent en dehors des murs de prison, surtout en Algérie, est un défi considérable. Ils assurent une continuité dynamique de leurs activités depuis plusieurs années".
Sur le terrain, des lieutenants assurent un relais efficace, s’occupant de la logistique et de la continuité du trafic. Bien que plusieurs de ceux-ci aient été arrêtés dans le cadre de l’affaire Octopus, il semble que le renouvellement des équipes soit constant, une inquiétude que partage Albrand qui évoque des possibilités de nouvelles têtes au sein du réseau.
Prisons ultra-sécurisées : une lutte acharnée
Par le passé, certains chefs étaient connus pour piloter leur réseau depuis leur cellule, utilisant des téléphones portables pour maintenir le contact. Les nouvelles mesures de sécurité en prison visent précisément à mettre un terme à ces pratiques. Les communications y sont désormais strictement surveillées. Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, affirme que ces nouvelles mesures sont cruciales : "Ces dispositifs de sécurité renforcés rendent difficile la continuité des affaires criminelles depuis l’intérieur des établissements pénitentiaires, et il est impératif de maintenir cette pression".
La problématique reste donc d'une ampleur alarmante. En l’espace de trois ans, depuis février 2023, la police judiciaire marseillaise a placé 792 individus en garde à vue pour des affaires liées à la DZ Mafia. Sur ce nombre, 545 ont été déférés et 400 incarcérés, illustrant une réalité préoccupante pour la sécurité des citoyens marseillais.







