L'exécutif français, en quête d'une réforme ambitieuse, s'apprête à dévoiler un « compte social unique » visant à regrouper le RSA, la prime d'activité et les aides au logement (APL) sous une même prestation. Prévue pour 2025, cette initiative, qui fait suite à la « solidarité à la source », promet de simplifier l'accès aux droits sociaux à travers une plateforme numérique centralisée.
Emmanuel Macron s'engage à faciliter la vie des allocataires en intégrant un préremplissage des demandes de RSA et de prime d'activité. Cette initiative est censée rassurer les Français sur l'impact d'une reprise d'emploi sur leurs aides. Des observateurs comme l'économiste Guillaume Allègre soulignent que, malgré les craintes des bénéficiaires, « l'emploi est toujours plus rémunérateur que l'inactivité », avançant que certains ménages bénéficiaires ne gagneraient pas davantage en retournant au travail.
Une réforme à double tranchant
Le projet de loi sur l'allocation sociale unifiée (ASU) est censé être présenté prochainement. Les collectivités locales auront également un rôle clé et devront ajuster leurs aides en fonction des ressources des bénéficiaires de ces allocations, comme le prévoit le cabinet du ministre, afin d'éviter que des chômeurs ne soient exclus des aides locales liées à l’emploi.
Toutefois, cette réforme suscite des inquiétudes quant à la création éventuels de perdants. D'après une étude d'impact de la Drees, si la réforme est menée à budget constant, jusqu'à 4 millions de Français pourraient perdre au moins 200 euros par an. Ces résultats font écho à l'expérience britannique avec l'Universal Credit, qui a vu des millions de ménages en difficulté, avec une augmentation des coûts et un taux de fraude alarmant.
Des leçons à tirer de l'Universal Credit
Introduit en 2012 au Royaume-Uni, l'Universal Credit avait pour objectif d'unifier plusieurs aides sociales, mais a été critiqué pour sa gestion chaotique et son incapacité à réduire efficacement la pauvreté. Les rapports des organismes britanniques tels que l'Institute for Fiscal Studies révèlent que cette réforme aurait entraîné des coûts supérieurs aux prévisions initiales de 45 %, laissant 2,5 millions de ménages en situation de perte financière. L’expérience britannique devrait servir de modèle d’avertissement pour le gouvernement français, où il est crucial de s’assurer qu’il n’y ait pas davantage de bénéficiaires lésés dans le processus de réformes.
Un avenir incertain
Bien que les résultats préliminaires de la « solidarité à la source » montrent des promesses encourageantes, le chantier de l'ASU reste complexe. Les économistes préconisent une phase de transition minimale de trois à quatre ans, au cours de laquelle les bénéficiaires actuels seraient protégés contre toute baisse de revenus. La nécessité d'une approche transparente est également soulignée : publier des simulations détaillées sur l'impact de la réforme sur différentes catégories socioprofessionnelles est indispensable avant toute adoption législative.
Il semblerait donc qu'un bilan des besoins différenciés des allocataires soit tout aussi crucial afin d'éviter une hécatombe de ménages perdants. Dans un contexte déjà fragilisé par la crise économique, le gouvernement devra naviguer habilement entre politique budgétaire, réductions d’aides et préservation des droits des plus vulnérables.







