L'essentiel
- Des initiatives éoliennes citoyennes émergent en France, attrayant de petits investisseurs locaux.
- La rentabilité peut atteindre jusqu’à 8 %, mais des risques subsistent, en particulier des délais de réalisation longs dus à des recours.
- Les bénéfices de ces parcs profitent aux communautés locales et aux collectivités.
À Béganne, près de Redon, le premier parc éolien citoyen de France a débuté sa production d'électricité il y a plus de dix ans. Initié par un groupe d’habitants dans une région rurale au cœur de la Bretagne, ce projet a ouvert la voie à d'autres installations à travers le pays. Les éoliennes citoyennes, bien qu'elles partagent les mêmes performances énergétiques que celles gérées par des groupes privés, se distinguent par leur modèle de répartition des gains. Ces bénéfices sont essentiellement redistribués à des acteurs locaux, tels que des municipalités et des associations, qui choisissent de soutenir l'éolien au lieu d'options plus traditionnelles comme l'assurance-vie ou la bourse.
Cette année, la société Bégawatts prévoit de distribuer 250 000 euros à ses actionnaires, mais aussi d'allouer 83 000 euros à des projets futurs. François Hervieux, président de Bégawatts, souligne que "bien que l'investissement dans l'éolien soit plus intéressant qu'un livret A, il y a une part de risque non négligeable. Il s'agit davantage d'un choix engagé que financier." En effet, certains investisseurs ont engagé des sommes conséquentes, jusqu'à 300 000 euros, prenant le risque de tout perdre si le projet échouait.
Le parc de Béganne, avec ses quatre éoliennes, a bénéficié d'un soutien sans recours, permettant à ses investisseurs de se réjouir d'un tarif d'achat favorable négocié sur quinze ans. "Plus le risque est élevé, plus le potentiel de rentabilité est meilleur," explique Hervieux. Les investisseurs engagés dès le début de l'opération réalisent souvent des bénéfices bien plus importants que ceux qui ont investi plus tard. Cette approche renforce l'économie locale en soutenant d'autres initiatives d'intérêt social.
Un parcours semé d'embûches mais gratifiant
À un peu plus de cent kilomètres à l’est, un autre projet éolien, Féeole, s'apprête à célébrer sa première année d'exploitation. Ce parc, qui alimente environ 17 000 foyers en électricité, a nécessité pas moins de 17 ans avant de voir le jour en raison de divers obstacles, du Covid aux recours juridiques. Michel Lemonnier, membre actif de l'investissement citoyen, partage : "On savait que ça prendrait du temps, mais cette attente a été plus longue que prévu."
Les investisseurs, initialement sceptiques sur le déroulement du projet, ont dû faire face à des tensions internes, certains souhaitant céder leur part à des investisseurs privés. "Nous étions conscients des risques," précise Lemonnier. "Pour l'instant, nous attendons un retour sur investissement dans les années à venir, estimé entre 6 et 8 % selon les performances du parc et les accords de rachat négociés. Cela reste un choix viable par rapport à d'autres options comme le solaire."
L'intérêt collectif avant tout
Finalement, pour ces communautés locales, l'éolien citoyen n'est pas seulement une question de rentabilité. David Clausse, directeur du Syndicat d'énergie d'Ille-et-Vilaine, note : "L'argent n'est pas la principale motivation, mais il est essentiel d'en discuter régulièrement pour éviter les conflits." Les bénéfices générés par ces projets sont souvent réinvestis dans des initiatives qui renforcent l'implication des citoyens dans les enjeux de transition énergétique.Ces projets à visage humain devraient donc continuer à se développer, car ils soutiennent des modèles économiques durables tout en rendant l'énergie verte accessible aux communautés locales.







