Courrier des lectrices et des lecteurs. « Ce soir-là, la neige tombait drue, recouvrant tout d'un voile blanc. Le froid s'installait, tandis qu'une question lancinante me taraudait : est-il humain de laisser cet homme dormir dehors ? »
Dans notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Marie-Paule Barbaza Rousseau (Maine-et-Loire) partage un souvenir touchant :
« On meurt encore aujourd'hui d'être sans abri, comme un chien des rues, comme si la vie n'avait plus de valeur pour ceux dont le seul toit est un carton trempé par la pluie, abandonné sur un trottoir.
Une image me revient d'une clarté étonnante, comme si elle n'avait pas pris une ride. Elle se projette dans le souvenir d'un soir, il y a des décennies. Un instant d'hiver, avec des flocons annonçant une nuit blanche et glacée.
« Le “recteur” n’a rien voulu entendre »
À l’époque, j'habitais le logement de fonction au-dessus de l'école de la commune. Un bruit de sonnette me fait descendre l’escalier. Je me retrouve face à un homme sans âge, vélo à la main, qui me demande où réside le recteur. Je comprends vite qu'il évoque le curé et le presbytère. Après lui avoir donné mes indications, la sonnette retentit de nouveau peu après. Le « recteur » a décidé de ne rien entendre. Pas question d'ouvrir sa porte. Un homme de foi n’est pas toujours un homme de cœur.
Le cycliste, en quête d’un abri, me demande alors l'autorisation de passer la nuit sous le préau de l’école. Sans réfléchir, je l'y conduis, offrant ainsi un refuge abrité et sec. Je le vois s’installer, réalisant qu'il lui suffira de trouver un espace de tranquillité, loin du regard des autres.
Il ne pensait pas que la nuit serait si froide. Il accepte avec gratitude le petit lit, les couvertures et même un repas modeste.
Cette expérience me rappelle que l’entraide et la solidarité ne demandent pas toujours de grands gestes. Parfois, un simple refuge peut sauver une vie. De nombreux experts, comme la sociologue Claire Durand, soulignent l'importance de ces interactions humaines. « Chaque geste compte, et le fait de tendre la main peut transformer la continuité d'une vie, » souligne-t-elle dans ses travaux sur la solidarité en hiver. Alors, qu'attendons-nous pour ouvrir nos cœurs et nos portes ?







