Menacés de disparition, les ânes poitevins trouvent refuge à l'international. Aux États-Unis, des passionnés œuvrent activement pour leur préservation.
Parmi eux se trouvent des ânons au charme irrésistible tels que Qenouille, Qoton, Quvée, et Qhéops, qui ont vu le jour récemment à l'Asinerie du Poitou, située à Dampierre-sur-Boutonne dans la Charente-Maritime. Cet élevage, soutenu par le Conseil départemental, s'efforce de sauver la plus ancienne race d'âne de France, documentée depuis le Xe siècle. À une époque, la population des baudets du Poitou avait chuté à seulement 44 individus, un déclin accentué par l'industrialisation de l'agriculture.
Préserver la race en rémunérant le travail des éleveurs
À partir des années 1980, un plan de croisement innovant a permis de revitaliser cette espèce endommagée. Aujourd'hui, leur nombre aurait atteint environ 2 800. « Bien que nous ayons réalisé des progrès, la race demeure sous menaces. En 2025, seulement 120 naissances ont été enregistrées, contrastant avec le cheval comtois qui en compte environ 3 500 par an », souligne Ophélie Lecampion de l'Association nationale des races mulassières du Poitou, qui regroupe 66 élevages en France.
D'autres nations, également passionnées par ces ânes au pelage hirsute, prennent part à l'effort. L'Asinerie du Poitou a même exporté un baudet en Pologne en 2025, où il a rejoint une famille passionnée. « Chaque contribution est précieuse pour leur avenir », confie Mélanie Natiez, l'une des animatrices de l'établissement. Dès les années 1980, l'Allemagne a été la pionnière dans ce domaine, suivie de près par la Pologne, la Belgique, et même des pays plus lointains comme le Brésil ou le Chili.
Les prix d'achat, variant entre 2 500 et 6 000 euros selon l'âge et le sexe, permettent non seulement de soutenir les éleveurs, mais aussi de favoriser la diversité génétique nécessaire à la pérennité de la race.
Actuellement, les États-Unis présentent un intérêt grandissant pour les baudets du Poitou, avec près de 200 individus répertoriés, principalement au Texas. L'association The Livestock Conservancy travaille à l'établissement d'un stud-book pour les baudets américains, en collaboration avec l'Association nationale des races mulassières du Poitou. « Nous avons déjà collecté des échantillons pour analyses ADN et avons pour projet d'inviter une équipe française afin d'échanger sur les meilleures pratiques », confirme Jeanette Beranger depuis Pittsboro en Caroline du Nord.
Les ânes ont également une place particulière dans l'imaginaire américain. George Washington lui-même a contribué à l'élevage d'une race américaine, l'American Mammoth Jackstock, en intégrant des baudets du Poitou. Comme le souligne Jeanette Beranger : « Leur allure unique, associée à une personnalité douce et attachante, leur confère une popularité indéniable parmi ceux qui les rencontrent. » En somme, l’histoire des baudets du Poitou est une belle leçon de résilience, portant un symbole d’espoir pour cette espèce unique.







