Ce jeudi 7 mai 2026, la Cour de révision à Paris a consacré une audience majeure à l'affaire du quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué, survenu en 1994. Dany Leprince, aujourd'hui âgé de 69 ans, se bat pour que sa condamnation à perpétuité soit annulée. Cette ultime audience précède la décision tant attendue de la cour concernant sa seconde requête en révision, déposée en 2021.
Au cœur des débats, une magistrate, désignée comme la rapporteure du dossier, a exposé les enjeux. Ensuite, les avocats de Leprince ont plaidé longuement, évoquant les nombreuses zones d’ombre entourant l'affaire. Me Missiva Chermak-Felonneau a ouvert la voie avec des arguments forts : "La procédure en révision existe pour corriger les erreurs judiciaires", a-t-elle déclaré, ajoutant que des aveux peuvent être influencés par la pression des enquêteurs.
Une expertise contestée sur les aveux
L'avocate met en avant la recherche du psychologue criminel canadien Michel Saint-Yves, qui analyse les conditions de garde à vue de Dany Leprince. Altéré mentalement après 46 heures d'interrogatoire, il aurait avoué sous pression, pour ensuite se rétracter. "Les aveux de mon client sont empreints de menaces et d’incohérences", affirme-t-elle. Elle souligne également qu'un innocent peut parfois confesser un crime qu'il n'a pas commis.
Les ambiguïtés du témoignage de Martine Compain
Me Chermak-Felonneau s'est penchée sur les témoignages de Martine Compain, l'ex-femme de Dany Leprince. Selon elle, ses déclarations manquent de cohérence et sont souvent contradictoires. "Elle avait un mobile et a tout fait pour déambuler autour de l'accusation", lance-t-elle, rappelant que des témoins l'ont décrite comme brutale et dominatrice, ce qui pourrait mettre en pièce l'image de Dany Leprince comme le seul coupable.
Mise en cause des déclarations de Célia Leprince
Un autre axe de la plaidoirie porte sur Célia Leprince, qui prétend avoir vu son père commettre le crime. Cependant, des reconstitutions révèlent des incohérences dans ses déclarations. Son avocat, Me Olivier Morice, a évoqué des mensonges qui jettent le doute sur l'intégralité des accusations : "Elle ne pouvait pas avoir été témoin des événements. Son témoignage est hautement discutable", a-t-il affirmé, insistant sur le fait que cela constitue un nouveau fait en faveur de Dany Leprince.
Une voix inattendue : Solène Leprince
La nièce de Dany Leprince, Solène, unique survivante du drame, a également pris la parole. Évoquant son rôle passé dans l'affaire, elle a clairement exprimé ses doutes, déclarant : "Je refuse d'être instrumentalisée par le passé. J'ai oublié cette nuit-là, et je doute de mes souvenirs". Une déclaration qui a bouleversé la salle.
Les revendications de justice d'Alain Leprince
Alain Leprince, frère de Dany, a aussi été entendu. Son avocat, Me Laurent De Caunes, a plaidé pour une réparation des erreurs judiciaires, demandant aux magistrats de considérer que la condamnation de Dany n’était pas seulement injuste, mais potentiellement criminelle. "Nous devons retourner à la vérité afin que justice soit faite", a-t-il insisté.
Recommandations de l'avocat général
Les réquisitions de l'avocat général ont souligné un fait marquant : l'absence de preuves matérielles et ADN contre Dany Leprince. Les mutations des témoignages de l’accusation soulèvent également des questions sur la véracité de ces accusations.
Jean-Michel Aldebert, représentant de l'accusation, a demandé l'annulation de la condamnation et un retrial, renforçant ainsi le nouvel espoir de Dany Leprince de retrouver un procès équitable.
Enfin, Dany Leprince lui-même a eu l'occasion de prendre la parole, affirmant sobrement sa totale innocence.
Le verdict de la cour de révision sera rendu le 2 juillet, laissant les avocats et le public en haleine face à cette affaire complexe.
Rappel des faits
Le 4 septembre 1994, les corps de Christian Leprince, de sa femme Brigitte, et de leurs deux jeunes filles, Sandra et Audrey, ont été retrouvés à leur domicile. Dany Leprince, condamné en 1997 et ayant passé 18 ans en prison, continue de clamer son innocence.







