Quinze ans après un premier revers, la défense de Dany Leprince, qui purgeait une peine de perpétuité pour un quadruple meurtre survenu dans la Sarthe en 1994, se présente à nouveau devant la Cour de révision pour tenter de convaincre cette institution d'accorder un second procès. Aujourd'hui âgé de 69 ans, Dany Leprince, qui a passé 18 ans incarcéré, continue de soutenir son innocence dans cette affaire qui a marqué le paysage judiciaire français.
À l'audience, son avocat, Me Olivier Morice, explique que ce dossier extraordinaire mérite une attention particulière : "Dany Leprince fait partie de l'histoire criminelle de notre pays". La Cour de révision, composée de treize magistrats sous la présidence de Nicolas Bonnal, a pour mission d'examiner des cas où des éléments nouveaux pourraient remettre en question une condamnation.
La séance a débuté à 9 heures avant d'être suspendue à midi, pour reprendre à 14 heures. La décision finale sera mise en délibéré, un processus non sans enjeux, car la Cour peut annuler une condamnation et ordonner un nouveau procès, une décision qui reste cependant rare, comme le rappelle l'avocat général.
Ce jour-là, la salle d'audience, ornée de boiseries dorées, a été témoin de la lutte acharnée pour réexaminer le cas de Dany Leprince, dont la première demande de révision avait été rejetée en 2011. Au cours de cette première audience, il avait été arrêté sur place, une scène frappante dans un cadre réputé pour sa solennité.
En 2026, la défense avance que de nouveaux éléments pourraient justifier la réouverture de l'enquête sur le quadruple meurtre survenu le 4 septembre 1994, où Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles furent retrouvés sans vie dans leur domicile de Thorigné-sur-Dué. Seule la plus jeune, âgée de 2 ans, a échappé au drame.
Dany Leprince a été accusé par son épouse de l'époque, Martine Compain, ainsi que par leur fille aînée, avant de reconnaître les faits puis de se rétracter. Depuis, il clame son innocence. La cour d'assises de la Sarthe l'avait alors condamné à une réclusion criminelle à perpétuité, une décision qui, à l'époque, ne lui permettait pas de faire appel.
Me Missiva Chermak Felonneau, avocate de Dany Leprince, souligne les risques de faux aveux, citant des avancées en psychologie criminelle : "Nicolas Bonnal a suggéré que Dany Leprince n'avait fait que répéter des éléments qu'il avait glanés lors de son interrogatoire". La personnalité de Martine Compain, placée sous le statut de témoin assisté dans une nouvelle information judiciaire, est au cœur des réflexions de la défense.
"Les nouveaux éléments concernant Martine Compain soulèvent des interrogations quant à son rôle dans cette affaire. Aurait-elle pu participer aux faits ?" interroge Me Chermak Felonneau. Cependant, la magistrate Dorothée Dard a rappelé que d'autres preuves pesaient contre Dany Leprince, comme l'absence de preuves matérielles concernant des vêtements liés au crime.
Les révisions de condamnations pénales restent très peu fréquentes en France, avec seulement une douzaine de cas depuis 1945, ce qui souligne la gravité des enjeux entourant cette affaire.







