L'essentiel
Face à des prévisions de déficit aggravées par la baisse de la natalité, le Conseil d’orientation des retraites (COR) propose de repousser l’âge moyen de départ à la retraite à 67,6 ans d’ici 2070. Cette approche est critiquée par de nombreux économistes, dont Éric Heyer.
Ce jeudi 11 juin, le COR doit présenter son rapport annuel, un document qui sera scruté par tous les candidats à l’élection présidentielle. Cette version, avant les élections de 2027, servira de base pour l’élaboration de programmes politiques sur la réforme des retraites.
Dans son approche, le COR se montre pessimiste quant aux prévisions de déficit à long terme. Selon ces experts, le besoin de financement d'ici 2070 pourrait atteindre 2,4 % du PIB, une progression inquiétante par rapport à leur précédente estimation de 1,4 % du PIB. Ils anticipent que le système de solidarité français connaîtra une baisse significative du nombre de cotisants à partir de 2045.
Un problème démographique ?
Selon Éric Heyer, économiste à l'OFCE, le COR souligne à juste titre l’aspect démographique du problème. Le rapport indique une prévision de fécondité en baisse, atteignant seulement 1,45 enfant par femme, contre 1,8 précédemment.
Des données récentes de l'INSEE mettent en lumière une potentielle décroissance historique de la population française après 2037, avec une proportion de plus de 65 ans atteignant un tiers de la population d'ici 2070. Un défi majeur pour le financement des retraites.
Néanmoins, Heyer questionne la prudence du COR : "Ces prévisions négligent des variables essentielles," dit-il. La dynamique de l'emploi des seniors et les avancées en matière de productivité pourraient offrir de meilleures perspectives. "L'intelligence artificielle est souvent citée comme moteur de croissance, mais ses effets ne figurent pas parmi les considérations du COR," souligne-t-il. D'autres solutions, comme l'immigration pour combler les besoins en main-d'œuvre, semblent également mises de côté.
"Un scénario de science-fiction"
Pour le COR, le déséquilibre démographique pourrait aggraver le déficit du système de retraite. L'institution, dirigée par Gilbert Cette, préconise le report de l’âge de départ à la retraite comme seule solution viable, une option que Heyer qualifie de "science-fiction". Il soutient que cela nécessiterait une amélioration significative des conditions de travail et une volonté accrue des acteurs économiques d'employer des seniors.
Quant à d'autres leviers comme l'augmentation des cotisations ou la réduction des pensions, le COR semble les écarter, considérant ces mesures comme néfastes à la demande. "Dominer l'âge légal de départ à la retraite semble donc être une approche plus indolore à court terme," conclut Heyer.







