Relancé par plusieurs figures de la gauche, le débat sur les moyens accordés à la justice ressort de l'ombre depuis l'affaire de la jeune fille de 11 ans retrouvée morte dans le Gers. Ce drame a ravivé les critiques liées au traitement judiciaire des plaintes pour viol sur mineures, dont le principal suspect fait l'objet de controverses.
La France insoumise a particulièrement visé le garde des Sceaux, Gérald Darmanin. La cheffe du groupe de députés, Mathilde Panot, a souligné la responsabilité politique de ce dernier, l'accusant de contribuer à une "clochardisation" progressive de la justice, témoignant d'une diminution des ressources année après année. Manuel Bompard, encore sur RMC BFMTV, a réaffirmé ces préoccupations, appelant à une réforme urgente.
Une augmentation du budget de la justice sous Emmanuel Macron
S'agit-il vraiment d'un manque de moyens? Selon le ministère de la Justice, le budget a considérablement crû sous la présidence d'Emmanuel Macron, passant de presque 7 milliards d'euros en 2017 à environ 10,5 milliards en 2025, soit une augmentation de près de 50% en moins de dix ans. Le projet de loi d'orientation et de programmation pour 2023-2027 prévoit aussi la création de 10.000 nouveaux emplois et la construction de 15.000 places de prison.
Cependant, un rapport de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPJ), publié en octobre 2024, révèle que la France demeure en queue de peloton en matière de budget juridique. "La lente évolution des financements reste préoccupante", note le ministère public. En 2022, seulement 0,20% du PIB a été consacré à la justice, comparé à la médiane européenne de 0,28%. Des pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie y allouent respectivement 0,26%, 0,30% et 0,31%.
"Le nombre de magistrats professionnels est bien inférieur à la moyenne européenne, avec 3,2 procureurs pour 100 000 habitants en France contre 11,2 en moyenne en Europe", souligne un expert du domaine juridiques.
Le procureur de Auch, district en charge de l'affaire de Lyhanna, ne compte que deux parquetiers pour 100.000 habitants, un chiffre qui souligne les disparités régionales en matière de justice, tandis que la France en général fait face à une charge de travail écrasante avec près de 2.030 affaires traitées par procureur chaque année, soit près de cinq fois la moyenne du continent.
Gérald Darmanin a néanmoins affirmé que ce n'était pas un problème de moyens qui a causé les dysfonctionnements dans l'affaire de Lyhanna. Ses propos visent à désamorcer les critiques, mais le malaise persiste parmi les citoyens et les experts en justice. La question de la clochardisation des services judiciaires et des moyens financiers insuffisants demeure ainsi au cœur des préoccupations politiques et sociales en France.







