Près de quatre ans après le tragique féminicide de Malgorzata Splawska, survenu en juillet 2022 dans le Vaucluse, la famille de la victime a décidé de prendre des mesures légales contre l'État français. Ils dénoncent l'inaction des gendarmes dans ce dossier. À 50 ans, Malgorzata Splawska a perdu la vie après avoir reçu 32 coups de couteau de la part de son compagnon, un acte qui a été enregistré parmi les 118 féminicides conjugaux de l'année 2022, selon une étude publiée par la délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur.
Le jour de ce drame, une voisine a alerté la gendarmerie au sujet de menaces de mort et de violences conjugales. Malgré l'intervention des forces de l'ordre, qui ont constaté que Pierre Quistrebert, l'agresseur, était en état d'ivresse, aucune mesure de protection n'a été appliquée. Quelques heures plus tard, il a assassiné Malgorzata dans le parking de son lieu de travail à Cavaillon.
« Certains types d’actions annoncent un passage à l’acte »
La voisine et la famille de la victime ont vivement critiqué l'inaction de la gendarmerie. L'avocat Fabien Arakelian a qualifié la décision de laisser Malgorzata sans protection de « grave erreur d’évaluation ». Emmanuelle, un membre du collectif Nous toutes, a également exprimé son inquiétude concernant le « manque de formation des personnels de police et de justice sur ce type de violences », ajoutant que « la parole des femmes est souvent remise en cause ». Elle affirme qu'il est crucial de « donner les moyens aux services publics pour protéger » et que des mesures doivent être prises avant qu'un drame ne se produise.
Dans bien des cas, l’État sait mais l’État n’agit pas
L'assignation pour faute lourde contre l'État constitue une mise en cause de son administration, en raison des graves erreurs commises dans l'exercice de ses fonctions. Ce n'est pas la première fois que l'État est ainsi pointé du doigt ; en juin 2025, l'affaire de Nathalie Debaillie avait déjà mené à sa condamnation.
Des spécialistes et des associations mettent en lumière les failles systémiques dans la protection des victimes potentielles. Selon les chiffres clés de 2024 sur les féminicides publiés par la mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), seules 4 victimes sur 37 ayant signalé des violences avaient bénéficié d'une protection. Ce constat alarmant soulève la question : pourquoi l'État, qui connait la situation, n'agit-il pas ?
Bien que le président de la République ait désigné l'égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences sexistes comme une priorité, Emmanuelle du collectif Nous toutes a exprimé une déception croissante envers le gouvernement : « Nous n’attendons rien d’Emmanuel Macron et de ses ministres, mais nous sommes quand même déçues ». D'après les dernières données de la Miprof, les féminicides conjugaux ont augmenté, passant de 96 en 2023 à 107 en 2024, soulignant ainsi l'urgence d'une réelle prise en charge des victimes de violences conjugales.







