Les récentes déclarations de François Ruffin, député de la Somme, concernant l'« immigration de travail » ont suscité une vive controverse au sein de la gauche. En affirmant son hostilité à cette forme d'immigration, Ruffin n'innove pas, mais s'inscrit dans une ligne adoptée par la gauche française depuis plus d'un siècle.
Le 28 avril 2026, Ruffin déclarait : « Je suis hostile à l’immigration de travail », et il complétait son propos en soutenant qu'il ne souhaite pas que « ce qu’on a fait hier sur l’industrie, on le refasse aujourd’hui sur les services ». Ces propos ont entraîné une réaction immédiate et négative chez ses collègues. Par exemple, la députée Clémentine Autain a exprimé son désaccord sur Sud Radio : « Face à l’extrême droite, il faut être clair. L’immigration est une richesse pour notre pays ».
De leur côté, Danièle Obono et d'autres figures de gauche critiquent davantage les positions de Ruffin, évoquant une forme de opportunisme alors qu’il vise la présidentielle. « Ses concessions à la droite et à l’extrême droite sont moralement douteuses et socio-économiquement inefficaces », ont-ils fait remarquer.
La question de l'immigration s'avère délicate pour une gauche qui stagne dans l'électorat ouvrier. En effet, dans la Somme, fief de Ruffin, trois circonscriptions sont désormais représentées par des députés du Rassemblement National. Cela reflète la difficulté pour la gauche de reconquérir un électorat de travailleurs qui lui échappe.
Un héritage ancré
L’histoire montre que l’opposition à l'immigration de travail n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 1920-1930, des figures telles que Jean Jaurès et Maurice Thorez exprimaient des inquiétudes similaires. Jaurès s'opposait à la pression du patronat pour faire venir des travailleurs étrangers afin de maintenir les salaires bas, affirmant : « Nous protestons contre l’invasion des ouvriers étrangers qui viennent travailler au rabais ». Thorez, pour sa part, plaidait pour des restrictions sur l'emploi étranger.
La gauche actuelle ne peut ignorer cet héritage. Même Jean-Luc Mélenchon, dans ses discours passés, a souligné les effets néfastes de l'immigration sur les salaires et les acquis sociaux. Lors d'un meeting en 2018, il avait déclaré : « Honte à ceux qui organisent l’immigration et l’utilisent pour faire pression sur les salaires ». Ces réflexions montrent que la position de Ruffin s'inscrit dans une continuité historique, à une époque où la gauche redécouvre des enjeux que certains considèrent comme trop sensibles.
Alors que la gauche lutte pour retrouver son électorat perdu, le débat sur l'immigration semble être inévitable. De nombreux experts s'accordent à dire que la nécessité de reconsidérer les approches politiques face à cette question est plus pressante que jamais, avec les défis socio-économiques qui se profilent.







