L'ancien président philippin, Rodrigo Duterte, dont la gestion de la guerre contre la drogue a soulevé des accusations graves, sera interrogé le 23 février par la Cour pénale internationale (CPI). Cette dernière a rejeté les arguments de la défense stipulant que l'octogénaire ne serait pas apte à comparaître devant elle.
De 2016 à 2022, Duterte, désormais âgé de 80 ans, sera présent pour une audience de validation des charges. Cet examen permettra à la cour d'évaluer si les preuves présentées contre lui justifient l'ouverture d'un véritable procès, un moment décisif pour la justice internationale.
La CPI a déclaré dans un communiqué que, sur la base d'une évaluation médicale réalisée par des experts indépendants, elle considérait que Duterte était en mesure d'exercer ses droits et de participer aux procédures. Cette déclaration marque un tournant dans le processus judiciaire contre lui.
Duterte fait face à trois chefs d'accusation pour crimes contre l'humanité, en raison de son implication présumée dans pas moins de 76 meurtres dans le cadre de sa politique controversée sur la drogue. Selon les procureurs, cette campagne aurait coûté la vie à des milliers d'individus, et ce, entre 2016 et 2018.
Le premier chef d'accusation concerne sa présumée participation à 19 meurtres lorsqu'il était maire de Davao, une ville importante des Philippines. Le second se concentre sur 14 meurtres de cibles qualifiées de "haute valeur" durant son mandat présidentiel. Enfin, le dernier chef d'accusation porte sur 43 meurtres survenus lors d'opérations de "nettoyage".
M. Duterte a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 et a été transféré par avion aux Pays-Bas. Actuellement, il est détenu à la prison de Scheveningen, à La Haye. Son premier passage devant la cour s'est fait par liaison vidéo, où il a montré des signes de fatigue et de confusion.
La cour avait auparavant rejeté une demande de mise en liberté, affirmant qu'il avait un risque élevé de fuite et de potentielle influence sur des témoins. La défense a fait valoir que l'ancien président souffre d'une mémoire à court terme affectée, rendant difficile sa capacité à suivre les procédures judiciaires. Ces arguments n'ont, cependant, pas été jugés probants par les juges.
L'un des avocats de Duterte, Nicholas Kaufman, a exprimé son mécontentement face à la décision de la cour, affirmant que l'ancien président se voit ainsi privé de son droit à une procédure équitable. La défense envisage de faire appel, déplorant également le fait de ne pas avoir pu contester les évaluations médicales commandées par la cour.
Cette audience intervient dans un contexte délicat pour la CPI, actuellement sans procureur en chef en raison d'une enquête en cours sur Karim Khan, ce qui suscite des questions sur la gestion future de l’affaire.
En octobre dernier, la CPI avait déjà écarté M. Khan du dossier Duterte, reconnue comme un succès pour la défense, ayant souligné que Khan avait une connaissance personnelle des victimes présumées avant sa prise de fonction.







