Dimanche, la circulation sur les routes boliviennes reprenait après l'instauration de l'état d'exception et le déploiement des forces de l'ordre. Malgré cela, plusieurs barrages demeurent en réponse au soutien solide à l'ancien président Evo Morales.
Le président centristes Rodrigo Paz a décrété cet état d'urgence après un mois et demi de manifestations visant à demander sa démission. Arrivé au pouvoir en novembre dernier, il a mis fin à deux décennies de gouvernements socialistes.
Avec l'intervention des militaires et des policiers, le nombre de barrages routiers est tombé de 50 à seulement 12 durant le week-end, alors qu'il avait atteint des sommets de près de cent barrages durant la période de crise. Le cœur des tensions demeure dans le département de Cochabamba et la région du Chapare, affectant des axes vitaux reliant l'ouest à Santa Cruz, centre névralgique de l'agriculture nationale.
La Bolivie traverse sa pire crise économique en plus de quarante ans, entraînant une mobilisation massive de syndicats, d'organisations indigènes et de cultivateurs de coca, qui s'opposent aux choix politiques du gouvernement. Toutefois, des accords ont été établis avec certaines factions, comme la Centrale ouvrière bolivienne (COB), qui a décidé de suspendre son mouvement. Malheureusement, certains groupes liés à Morales ont rejeté ces compromis.
Ces mouvements de contestation ont causé des pénuries graves de carburant, de nourriture et de médicaments dans des régions comme La Paz et El Alto, où la situation est critique. Avec le déblaiement progressif des routes sur l'Altiplano, les approvisionnements en essence et en diesel commencent à affluer à nouveau dans ces villes.
Lors de l'arrivée des forces de l'ordre, des applaudissements ont retenti. "Je ressens une immense joie et un apaisement", a confié Carla Butron, commerçante de 39 ans, qui avait été contrainte de cesser son activité à cause des blocages.
- Chapare sous tension -
Les opérations des forces de sécurité se poursuivent pour débloquer l’axe entre La Paz et Oruro, essentiel pour l’approvisionnement en carburant en provenance du Chili. Le ministre des Hydrocarbures, Marcelo Blanco, a affirmé que des camions-citernes étaient en route vers les principales villes. "L'objectif de ce décret était de surmonter l'impasse actuelle", a-t-il précisé.
L'état d'exception, qui durera 90 jours, autorise le déploiement de l'armée, limite le droit de manifester, et interdit les blocages routiers. Rodrigo Paz a soutenu qu'il avait choisi cette voie après avoir tenté toutes les options de dialogue, concluant des accords avec ceux dont les demandes sont légitimes tout en identifiant les acteurs violents qui menaçaient la stabilité.
Il a également mis en garde ceux qui continueraient à bloquer les routes en les avertissant qu'ils seraient sévèrement réprimés pour ce qu'il considère comme une "tentative de coup d'État orchestrée par le narcoterrorisme".
Paz, qui jouit du soutien de Washington et de gouvernements conservateurs d'Amérique Latine, accuse Evo Morales de diriger le mouvement de contestation et d'être financé par des trafiquants de drogue, bien qu'aucune preuve n'ait été apportée.
Dans une interview accordée à une radio locale, Morales a dénoncé ces accusations, affirmant que le gouvernement tente de l'impliquer dans le trafic de drogue "sous l'influence des États-Unis". Sur X, il a également critiqué les coupures d’électricité qui touchent le Chapare, les présentant comme une pression exercée sur sa région.
Evo Morales, ancien cultivateur de coca et personnalité indigène, reste réfugié dans le Chapare depuis deux ans, où ses partisans contrent l’exécution d’un mandat d'arrêt émis dans une affaire de traite présumée. Il rejette ces accusations, dénonçant un acharnement politique.







