Alors que les élections législatives en Arménie approchent, la campagne électorale se termine sur fond de fortes tensions. Des accusations de manipulation électorale, des conflits avec l'Église et des interventions étrangères ont assombrie ce scrutin capital, comme l'analyse Raphaëlle Auclert, professeur à l'Institut Catholique de Vendée (ICES).
Les élections se dérouleront ce dimanche 7 juin, mais la campagne a véritablement débuté l'été dernier. Le parti au pouvoir, le Contrat civil, se retrouve dans une position délicate, avec des sondages de mi-mai indiquant moins de 18 % des intentions de vote, principalement face à Arménie forte et son leader Samvel Karapetyan. Cette chute est vertigineuse par rapport aux 82 % de popularité dont jouissait le dirigeant arménien à son accession au pouvoir en 2018, selon des données de l'International Republican Institute (IRI).
Entre le 8 et 14 mai, une mission d'observation a relevé 71 infractions électorales, dont 16 abus de pouvoir et 12 cas d'incitation à la haine, ciblant majoritairement le Contrat civil. Les dénonciations ont été formulées auprès de la Commission électorale centrale (CEC) pour des infractions telles que des affiches électorales placardées sans autorisation. Malheureusement, la CEC n'a pas réagi à ces abus.
La situation à Aragatsotn a choqué l'opinion publique, révélant que des enseignants et élèves avaient été utilisés comme figurants lors de rassemblements pro-gouvernementaux. Suite à ces révélations, le Premier ministre Nikol Pachinian a exigé le départ de quatre directeurs d'établissements scolaires responsables de ces pratiques, mettant en lumière des violations des lois électorales.
Champignons hallucinogènes et tensions avec l'Église apostolique
La campagne a également été marquée par des accusations pour le moins surprenantes. Samvel Karapetian a accusé Pachinian d'avoir importé une tonne de champignons hallucinogènes. En réponse, le Premier ministre a porté plainte pour diffamation, illustrant la pression croissante sur l'opposition et les voix dissidentes.
Le conflit entre le gouvernement et l'Église apostolique arménienne s'est intensifié depuis la perte du Haut-Karabakh en 2023. Les critiques à l'égard du gouvernement ont conduit à l'arrestation de plusieurs membres du clergé, avec 45 % des Arméniens considérant ces arrestations comme un acte politique. Une ONG a qualifié ces persécutions d"inédites depuis l'ère soviétique.
Censure médiatique et influences extérieures
Pachinian a renforcé son contrôle sur l'information, avec 224 violations des droits des journalistes identifiées en 2024. Selon Reporters sans frontières, l'Arménie a chuté dans le classement de la liberté de la presse, passant de la 34e à 50e place sur 180 pays.
« Si je suis réélu, je dirai que ce n'est pas moi qui ai cédé les territoires, mais le peuple »
Cette censure bénéficie du soutien de la France, qui engage ses services de renseignement pour surveiller le discours en ligne critique envers le gouvernement. Le président Emmanuel Macron a récemment précisé que cette activité n'était pas une ingérence, mais un soutien politique.
Contexte géopolitique et enjeux cruciaux
La stabilité politique en Arménie est menacée par des enjeux régionaux, notamment les déclarations récentes d'Ilham Aliev, le président azerbaïdjanais, mettant les électeurs sous pression. Pachinian, qui a déjà promis de céder des territoires à l'Azerbaïdjan, fait face à de sérieuses accusations de trahison.
La guerre entre les États-Unis et l'Iran modifie la dynamique régionale, transformant les routes logistiques du Caucase en enjeux stratégiques pour Washington et l'Union européenne. Dans ce contexte tendu, la fragmentation de l'opposition pourrait offrir à Pachinian une chance de rester au pouvoir, bien que l'unité pourrait conduire à des changements significatifs.







