Multiplier les îlots de végétation « dans une logique d’acupuncture » est la technique avancée par Nicolas Leroy, président de l’Union nationale des entreprises du paysage, pour lutter contre la canicule dans nos villes.
Arrêter de planter des arbres isolément et se concentrer sur la création d’îlots de végétation : tels sont les conseils d’expert de Nicolas Leroy. Selon l’Observatoire des villes vertes, dont il est coprésident en collaboration avec l’association Hortis, les grandes villes françaises ont doublé leur budget moyen par habitant pour les espaces verts au cours de la dernière décennie. Cela témoigne de la prise de conscience croissante des bienfaits des espaces verts pour le bien-être urbain.
Quel est l'impact de la végétation en milieu urbain ?
« La végétalisation et la renaturation des villes ont des retombées bénéfiques sur la santé publique, notamment en améliorant la qualité de l’air, en réduisant considérablement les températures ressenties, et en favorisant l’activité physique des citadins. Les espaces verts deviennent également des lieux de socialisation.
« Pour combattre la chaleur, il est essentiel de tenir compte de l’ombre créée par les arbres et de l’effet de l’évaporation de l’eau, qui contribue au rafraîchissement. Dans certaines zones, les différences de température peuvent atteindre jusqu'à 8°C entre les surfaces minéralisées et les espaces végétalisés. Avec une bonne stratégie de végétalisation, ces écarts peuvent aller de 4 à 5°C au minimum, rendant l’environnement urbain beaucoup plus agréable lors des pics de chaleur. »
« Si nous réussissons à créer un nombre suffisant d’îlots de végétation pertinents, nous pourrions observer une réduction de la température ressentie allant de 4 à 7 °C à l’échelle urbaine. De plus, des stratégies de désimperméabilisation seront favorables pour limiter les inondations et réduire l’excès d’eau polluée rejetée dans l’environnement. »
Comment mettre en place une végétalisation efficace pour atténuer la chaleur ?
« Placer quelques oliviers sur une vaste place minérale n’aura guère d’effet positif sur la qualité de l’air ou le rafraîchissement. En revanche, la création d’une zone de 20 ou 30 m², en désimperméabilisant le sol, en y plantant arbres, arbustes et plantes vivaces, est bien plus efficace. Par exemple, Angers a lancé une stratégie de continuité urbaine en plantant chaque année au moins un millier d’arbres dans ces îlots. »
Quel changement observe-t-on au sein des collectivités en matière de gestion des espaces verts ?
« Bien qu’il n’y ait pas de croissance notable en ce qui concerne les mètres carrés d’espaces verts par habitant, nous constatons néanmoins une amélioration dans leur gestion : davantage d’attention accordée aux sols, à l’entretien de la végétation et à la recherche d’éco-systèmes durables. Lors des élections municipales de 2020, beaucoup ont promis de planter plus d’arbres, mais cela s'est souvent traduit par des effets d'annonce sans résultats concrets. »
« Lors des récentes élections, les propositions étaient plus crédibles. Parmi les cinquante plus grandes villes françaises, sept sur dix ont élaboré des politiques pour encourager la végétalisation des espaces publics, en mettant en place des permis pour favoriser la végétation sur les trottoirs, par exemple. La communication envers les citoyens a également été améliorée.
« La nécessité de végétaliser est particulièrement vraie dans les quartiers périphériques, souvent construits entre les années 1950 et 1970, qui sont devenus des espaces spécifiques réservés aux voitures. Aujourd’hui, de nombreux grands projets urbains visent à rénover et réhabiliter ces zones. »







