Dans un hôpital de La Paz, Zulma Hinojosa attend désespérément près de son fils de 13 ans, qui souffre d'asthme et de problèmes cardiaques. Depuis près d'un mois, des manifestations et des barrages routiers paralysent la capitale, entraînant une pénurie d'oxygène et de médicaments.
Âgée de 44 ans, Zulma est en larmes en expliquant les difficultés pour obtenir des traitements et se déplacer entre El Alto, sa ville perchée à 4 150 mètres, et l'hôpital. Les obstacles dressés par les manifestants compliquent davantage son parcours, mettant en péril la santé de son fils vulnérable.
"Je ne peux pas le soumettre à ces tensions", raconte-t-elle à l'AFP. Pour atteindre l'hôpital, chaque sortie ressemble à un véritable parcours du combattant.
Depuis le début mai, ouvriers, agriculteurs, enseignants et transporteurs bloquent les principales artères du pays, exigeant des mesures de la part du président Rodrigo Paz, qui doit faire face à la pire crise économique depuis quarante ans. La majorité des secteurs réclament à présent sa démission.
La gravité de la situation est palpable à El Alto et La Paz, où les pénuries de médicaments, de nourriture et d'essence entraînent une flambée des prix. De nombreux habitants se sont mobilisés pour exiger la levée des barrages routiers, scandant : "Le peuple n'en peut plus" lors d'une marche récemment organisée.
Le même jour, le Parlement a abrogé une loi limitant les pouvoirs d'urgence du président, lui permettant ainsi de mobiliser l'armée et de restreindre certaines libertés publiques.
"Les prix des médicaments explosent ou ils deviennent introuvables", se désole Zulma, qui survit en vendant des empanadas et en s'occupant de malades. Selon le gouvernement, au moins quatre personnes ont perdu la vie à cause des barrages qui ont entravé leur accès à des soins d'urgence.
À l'hôpital public Clinicas de La Paz, l'un des plus grands du pays, la pénurie d'oxygène médical atteindra bientôt un point critique. Le neurochirurgien Enrique Coritza, responsable du bloc opératoire, avertit que les réserves s'épuisent rapidement.
Christian Calle, en charge de la pharmacie, souligne que les livraisons ne correspondent pas aux besoins de l’établissement, mettant ainsi en danger le rétablissement de nombreux patients, dont Ruth Angulo, qui suit son fils victime d'un AVC. "Il n'y a pas de médicaments ici", déplore-t-elle, contrainte d’aller chercher ailleurs des traitements essentiels pour son fils.
Les hôpitaux, tout comme la population, souffrent d'une crise alimentaire. "Nous n'avons plus de viande, ni de poulet, ce qui induit des déficits alimentaires chez les patients", s'alarme Christian Calle. Dans les cuisines, le personnel s'efforce de faire des miracles avec des produits rares. "Nous rationnons les portions", indique-t-il, rappelant que par le passé, les patients bénéficiaient de repas complets.
D’après un rapport du ministère de la Santé, la situation dans les hôpitaux d'El Alto est tout aussi préoccupante, révélant un tableau sombre de la crise sanitaire qui touche la Bolivie.







