Hamid Enayat, politologue et collaborateur de l'opposition iranienne, analyse la situation alarmante des droits humains en Iran dans une récente tribune parue dans La Dépêche.
Un rapport d'Amnesty International, révélé le 18 mai, souligne que la République islamique a exécuté au moins 2 159 personnes en 2025, un chiffre qui frappe par son ampleur. Cela représente près de 80 % des 2 707 exécutions mondiales recensées cette année, un record depuis 1981. L'Iran ne se contente pas d'être un État parmi d'autres en matière de violations des droits humains ; il se positionne comme le principal acteur de cette tragédie.
Dans ce contexte, la peine de mort ne se limite pas à un outil judiciaire ; c'est une pierre angulaire de la gouvernance. Elle est mise à profit pour contrôler la société, instiller la peur et dissuader toute forme de contestation, et cela semble plus pertinent que jamais avec l'accroissement du mécontentement social.
Une corrélation évidente semble exister entre la montée de la répression et la crise de légitimité du régime. Moins la confiance en son autoritarisme est forte, plus le régime intensifie ses violences. Reza Radan, à la tête des forces de police, a récemment affirmé que 6 500 arrestations ont été effectuées depuis le début des troubles, indiquant que l'état de répression ne fait que se renforcer.
Même les exécutions pour des crimes de droit commun ou pour trafic de drogue prennent souvent une dimension politique, distillant un climat de peur dans la population, fragilisant ainsi totalement le moral collectif.
Le prix de l'apaisement
Le nombre croissant d'exécutions prend également sens dans le cadre d'une politique d'apaisement envers Téhéran. Alors que les relations diplomatiques continuent malgré cette spirale de violence, étouffant les préoccupations relatives aux droits humains, le régime a compris qu'il pouvait sévir sans conséquences politiques significatives.
Ce contexte fait de la peine de mort une méthode peu onéreuse pour maintenir le pouvoir. L'Europe prétend défendre la dignité humaine, mais face à l'Iran, ces valeurs semblent souvent reléguées au second plan derrière des préoccupations géopolitiques.
Ce tableau est particulièrement éclairant à l'occasion du rassemblement tenu le 20 juin, qui a vu converger 100 000 exilés iraniens et français. Ce n'est pas qu'une simple démonstration politique. C'est le reflet d'une dynamique réelle en Iran, où la société continue de revendiquer un changement malgré les pressions répressives.
Réduire la question iranienne aux seules négociations sur le nucléaire laisse des problématiques cruciales de côté : pauvreté, exécutions, corruption, crise économique au quotidien et droits fondamentaux. Une approche axée sur le respect des droits humains aurait permis à l'Europe de se positionner aux côtés de la société iranienne.
La réalité est que le programme nucléaire irakien découle en grande partie d'une structure de pouvoir fondée sur la répression. Ignorer cela revient à traiter les symptômes sans s'attaquer aux causes. En dissociant le nucléaire des droits humains, l'Europe a peut-être prolongé les crises en cours.
Une crise qui dépasse l'Iran
Lorsque presque 80 % des exécutions mondiales sont le fait d'un seul pays, cela pose des questions bien plus larges que la simple crise interne de l'Iran. C'est la crédibilité même du système international de protection des droits humains qui est mise à l'épreuve.
Le retour à un nombre d'exécutions inédit depuis 1981 oblige à se demander : comment l'humanité a-t-elle pu glisser à nouveau vers une telle violence d'État ? Et pourquoi l'Iran est-il devenu l'épicentre de cette dérive ? L'histoire enseigne que les régimes pratiquant le plus d'exécutions sont souvent ceux craignant le plus l'avenir.







