Des tensions ont éclaté lundi à La Paz, alors que des milliers de manifestants se sont rassemblés pour réclamer la démission de Rodrigo Paz, le président bolivien qui a annoncé une réduction de son salaire pour tenter d'apaiser la crise sociale. Selon l'AFP, le calme est revenu dans l'après-midi, mais la situation demeure tendue.
Depuis début mai, la Bolivie est secouée par des manifestations massives, marquées par une profonde colère sociale, exacerbée par la plus grave crise économique qu'elle traverse depuis quarante ans. Les manifestants, comprenant principalement des mineurs, des agriculteurs et des ouvriers, ont envahi les rues de la capitale, scandant : "Que voulons-nous ? Sa démission ! Quand ? Maintenant !" pendant que des pétards éclataient autour d'eux.
Ils s'opposent aux politiques économiques du gouvernement, exigent des augmentations salariales, et dénoncent des problèmes de qualité de l'essence ayant endommagé de nombreux véhicules. Les manifestations les ont conduits jusqu'au cœur de la ville, où des tentatives d'entrer dans le périmètre de sécurité entourant le palais présidentiel ont entraîné des affrontements avec la police antiémeute, ces derniers répondant avec des gaz lacrymogènes pour disperser les foules.
Des scènes de désespoir se sont produites alors que des vendeurs ambulants proposaient des masques et du vinaigre pour soulager les effets des gaz. Des dizaines de manifestants ont été arrêtés par les forces de l'ordre, tandis que la Centrale ouvrière bolivienne (COB), le principal syndicat du pays, a organisé des grèves et des barrages routiers, générant des pénuries à travers plusieurs villes, y compris La Paz et El Alto.
Julia Ramirez, une paysanne aymara de 57 ans, dépeint une image sombre de la situation : "Ce gouvernement nous massacre, il nous discrimine". À ses côtés, Félix Mamani, un jeune mineur de 27 ans, a exprimé sa frustration : "Nous sommes en colère parce qu'on nous a menti".
En réponse à cette montée de la colère, Rodrigo Paz a annoncé une baisse de 50% de son salaire, ainsi que celui de ses ministres, une mesure jugée symbolique. Le président, qui perçoit environ 24 000 bolivianos par mois (soit environ 3 400 dollars), a déclaré qu'il cherche à contribuer aux efforts nationaux. Cependant, il a également exclu toute négociation avec les manifestants considérés comme violents, soulignant que "une minorité ne peut pas gouverner".
Le gouvernement n’hésite pas à accuser l’ancien président Evo Morales, actuellement en fuite dans une affaire de trafic d'êtres humains, d’être derrière ces mobilisations visant à ébranler l'État de droit en vigueur. Morales, pour sa part, a appelé à de nouvelles élections sous 90 jours.
Sur le plan international, un soutien fort à la démocratie bolivienne a été exprimé, notamment par le secrétaire d'État américain Marco Rubio, qui a averti que les États-Unis ne permettraient pas aux criminels ou narcotrafiquants de renverser des dirigeants élus. Le président brésilien Lula da Silva a également souligné l'importance du respect des institutions démocratiques et a insisté sur le dialogue, tout en offrant son aide humanitaire à la Bolivie.
Rodrigo Paz, qui s'est engagé à rompre avec les politiques de gauche précédentes, se rapproche des États-Unis et des institutions financières, tout en prenant ses distances avec les syndicats. Alors que les tensions persistent, le pays se retrouve à un carrefour majeur, où la gestion des crises économique et politique sera essentielle pour l'avenir de la Bolivie.







