L'Iran a affirmé jeudi son intention de ne pas faire preuve d'"aucune retenue" dans le cadre de la guerre en cours au Moyen-Orient. Cette déclaration survient après des frappes ciblant des infrastructures pétrolières dans le Golfe, intensifiant les craintes d'une crise économique qui pourrait toucher plusieurs pays.
Bien que Washington n'ait pas établi de calendrier pour ses opérations militaires, le président Donald Trump a rassuré en indiquant qu'il n'y aurait pas d'envoi de troupes au sol en Iran.
Le conflit, aggravé par les bombardements israélo-américains sur Téhéran en février, a franchi une nouvelle étape avec des attaques massives sur les sites de production, de stockage et de transport pétrolier et gazier.
Conséquence immédiate : le prix du baril de pétrole WTI a grimpé de plus de 5 % jeudi, atteignant brièvement 100 dollars. Le gaz européen a enregistré une augmentation spectaculaire pouvant aller jusqu'à 35 %, entraînant les Bourses européennes vers une chute notable, tandis que Wall Street ouvrait également en baisse.
Parmi les installations touchées dans le Golfe, le site de Ras Laffan, premier producteur de gaz naturel liquéfié au Qatar, a subi des "dommages considérables", selon des responsables de Doha. Deux raffineries au Koweït et une en Arabie saoudite à Yanbu ont également été attaquées, illustrant le risque croissant dans la région.
Ces opérations sont une réponse à l'attaque précédente sur le site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz mondial, partagée par l'Iran et le Qatar.
Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a averti que toute nouvelle attaque contre les infrastructures énergétiques de l'Iran entraînerait une riposte sans précédent. Précisément, Trump a soutenu qu'Israël, "en colère", était derrière cette frappe, tout en assurant que Washington n'en était pas informé.
Si d'autres infrastructures venaient à être ciblées, des experts comme Aditya Saraswat de Rystad Energy estiment que le prix du baril pourrait dépasser les 120 dollars.
En réponse à la flambée des coûts, Washington envisage de lever certaines sanctions sur le pétrole iranien, mais uniquement pour le pétrole déjà stocké en mer, selon le ministre des Finances Scott Bessent. Cependant, aucune restriction sur les exportations de pétrole et de gaz ne sera mise en place pour éviter d'aggraver la situation économique intérieure, selon une source gouvernementale.
Au sein de la zone euro, la guerre soulève des inquiétudes quant à une possible hausse de l'inflation et un ralentissement économique, comme l'a noté la Banque centrale européenne (BCE).
Au 20e jour du conflit, l'Iran prouve qu'il a encore une importante capacité de frappe. Tulsi Gabbard, directrice des services de renseignement américains, a refusé de confirmer que l'Iran constituait une "menace imminente" avant les hostilités. "Le régime iranien est intact", a-t-elle précisé, bien qu'il subisse des pressions considérables suite aux attaques. Selon Dennis Citrinowicz, expert à l'Institut national des études de sécurité de Tel-Aviv, Téhéran montre une volonté de défendre ses intérêts stratégiques, notamment dans le détroit d'Ormuz, par lequel circule un cinquième du pétrole mondial.
L'Organisation maritime internationale (OMI) a demandé d'urgence la création d'un couloir d'évacuation pour les navires bloqués, où 20.000 marins attendent sur 3.200 bateaux. Suite à un appel américain, plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, se sont dits "prêts à contribuer" à la sécurité du détroit.
Les effets de cette guerre se ressentent déjà au-delà des frontières régionales : au Sri Lanka, une semaine de quatre jours de travail a été instaurée pour faire face à des réserves de carburant épuisées. À Bahreïn, certains consommateurs notent l'absence de pénuries, mais des hausses de prix, notamment pour la viande, sont déjà visibles.
D'autre part, dans le Golfe, des décennies de vente d'armes par Washington aux Émirats et au Koweït s'intensifient alors que les monarchies s'inquiètent des conséquences. Le Qatar a déploré des attaques qui "ont franchi toutes les lignes rouges", tandis que l'Arabie saoudite se réserve le droit de riposter.
Pour l'instant, la population iranienne semble vivre presqu'ordinairement à Téhéran, même si une présence militaire plus marquée est perceptible à l'approche de Norouz, le Nouvel An persan. Malgré des frappes israéliennes ayant coûté la vie à plusieurs dignitaires, le régime conserve un contrôle strict.
Cependant, l'Iran a récemment exécuté trois "émeutiers", accusés de meurtres de membres des forces de l'ordre et de collaboration avec l'ennemi, ces exécutions étant les premières liées aux manifestations qui avaient éclaté fin décembre en raison de la hausse des prix.







