Au cœur des tensions géopolitiques, l'industrie pharmaceutique doit explorer des alternatives face à une situation alarmante. La guerre en cours perturbe l'acheminement des médicaments vitaux, y compris les traitements anticancéreux, qui exigent souvent une chaîne du froid rigoureuse. Des techniciens et des dirigeants du secteur se battent pour rediriger leurs envois par des voies terrestres, les aéroports clés étant désormais hors service. Le président de l'Association des industriels de la santé a souligné que les perturbations actuelles mettent en péril la santé des patients, nécessitant des solutions urgentes.
Risques de pénuries si le conflit persiste
Actuellement, bien que des signes de pénuries ne soient pas pressants, certains leaders du domaine estiment que la situation pourrait rapidement se dégrader. La dépendance du Golfe aux importations est grande, surtout pour des médicaments à durée de conservation limitée. Des laboratoires pharmaceutiques cherchent activement des accès alternatifs via des régions comme Istanbul ou Oman. La fermeture des aéroports à Dubaï et Doha, des plaques tournantes essentielles, complique encore davantage les acheminements.
Wouter Dewulf, professeur à l'Antwerp Management School, a indiqué que plus de 20 % du fret aérien mondial serait affecté par ces perturbations. Les entreprises réorganisent donc leurs opérations en mettant en place des équipes spécialisées pour prioriser les expéditions cruciales, notamment les traitements anticancéreux.
"Si un patient en attente de soins nécessite une intervention chirurgicale urgente, le choix du transport devient impératif", a déclaré un dirigeant d'entreprise, soulignant l'urgence de la situation.
Les hôpitaux risquent d'être à court de stocks
Prashant Yadav, chercheur en santé mondiale au Council on Foreign Relations, alerte sur la fragilité des stocks de médicaments sensibles à la rigueur des températures. Certaines marques ont déjà signalé qu’elles pourraient manquer d’approvisionnement dans les prochains mois si la situation se prolonge. Les patients dépendant de traitements oncologiques, en particulier ceux basés sur des anticorps monoclonaux, sont les plus exposés à ces risques.
Des efforts de la part de plus de 100 acteurs du secteur ont été déployés lors d'un récent webinaire organisé par Pharma.Aero afin de discuter des implications de la crise sur la chaîne d'approvisionnement.
Le secteur résiste, mais pour combien de temps ?
En dépit des défis, certains logisticiens assurent que le secteur parvient encore à faire face. Dorothee Becher, responsable de la logistique chez Kuehne+Nagel, a observé que certaines compagnies aériennes continuent de servir des régions comme Jeddah et Riyad. Cependant, sur le terrain, les efforts de réacheminement des marchandises sont permanents, ce qui implique des coûts additionnels et des retards.
Les perturbations touchent également les produits connexes tels que les bouchons de flacons et les plastiques utilisés pour les perfusions intraveineuses. David Weeks de Moody’s a précisé que ces problèmes de logistique peuvent également créer des pénuries silencieuses : "Il ne s'agit pas toujours d'une rareté des médicaments, mais parfois du matériel nécessaire pour les administrer." Cela soulève encore plus d'inquiétudes sur la continuité des soins pour des millions de patients dans la région.







