Face aux blocages potentiels du détroit d'Ormuz par l'Iran, le Koweït, le Qatar et le Bahreïn se retrouvent dans une situation délicate, entièrement dépendants de ce passage stratégique. En revanche, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis bénéficient d'alternatives maritimes grâce à des oléoducs reliant la mer Rouge et le golfe d'Oman.
Selon des experts, ces monarchies sont confrontées à la nécessité vitale de réévaluer leurs routes commerciales et pétrolières. La fermeture du détroit, principale voie d'exportation pour près de 20 millions de barils de pétrole quotidiennement, a catalysé des efforts pour renforcer la coopération logistique dans la région. Un article du Financial Times rappelle qu'aucun gouvernement ne désire se retrouver dépendant d'une voie maritime contrôlée par un voisin instable.
Badr Jafar, émissaire spécial des Émirats, anticipe que des extensions d'oléoducs et le développement des ports interviendront rapidement pour créer de nouveaux corridors commerciaux.
Une dépendance réduite aux oléoducs
Le Koweït, le Qatar et le Bahreïn, situés en amont du détroit, sont tributaires de cette voie maritime, un constat alarmant que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) illustre avec les 20 millions de barils de brut transitant par cette route. En revanche, les oléoducs des autres pays offrent des capacités limitées, représentant entre 3,5 et 5 millions de barils, craignant d'être insuffisants dans une période de crise.
"Des alternatives d'exportation ne verront pas le jour du jour au lendemain", souligne Robert Mogielnicki, expert au sein de l'Institut des États arabes du Golfe, tout en insistant sur l'importance cruciale de cette diversification dans les années à venir.
La dépendance s'étend également au gaz naturel liquéfié (GNL), où le Qatar joue un rôle clé. Le projet d'un gazoduc transarabique a été débattu sans jamais se concrétiser, en raison des défis économiques et politiques qui en découlent, explique Frédéric Schneider du Middle East Council on Global Affairs.
Des alternatives logistiques onéreuses
La fermeture des grands ports du Golfe, comme Jebel Ali, pousse les navires à rediriger leurs cargaisons vers les ports d'Oman ou ceux situés sur la mer Rouge. Des projets logistiques intégrant corridors routiers et ferroviaires voient le jour, mais ce mode de transport reste coûteux, sans égaler l'efficacité du maritime. Le projet ferroviaire du Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour relier les six États membres d'ici 2030 accumule également du retard.
L'économiste souligne : "Les coûts du transport terrestre demeurent bien plus élevés que ceux du transport maritime", rendant ces alternatives peu viables.
En outre, le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) pourrait offrir une échappatoire en partie, mais la fragilité du projet, dépendante d'une normalisation entre l'Arabie et Israël, le rend incertain à long terme.
Des rivalités économiques exacerbées
Les tensions autour du détroit d'Ormuz pourraient stimuler des projets d'intégration régionale, mais ces initiatives devront faire face à des rivalités économiques croissantes, comme le révèle Robert Mogielnicki. Les pertes de revenus pétroliers, les besoins de reconstruction après les attaques et l'augmentation des dépenses militaires exercent une pression accrue sur les budgets des États du Golfe, accentuant les conflits d'intérêts.
La crise actuelle, marquée par des tensions historiques, rappelle que la coopération régionale nécessite une volonté politique, essentielle pour concrétiser les grandes ambitions d'infrastructure.







