Pascal de Lima, chef économiste chez Novaminds, alerte sur un risque imminent de crise économique généralisée.
Valeurs actuelles rapportent que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment signé un accord de libre-échange avec l’Australie, suscitant des inquiétudes parmi les agriculteurs français concernant les quotas d’importation. Selon de Lima, cet accord ne doit pas être perçu isolément, mais plutôt comme un élément d'une tendance inquiétante. Après l'accord avec le Mercosur qui prévoit déjà l'importation de grandes quantités de viande bovine, l'ouverture à un acteur majeur comme l'Australie, qui exporte plus de 1,5 million de tonnes par an, accentue la pression sur les producteurs européens.
De Lima explique que le véritable enjeu ici n’est pas tant la quantité d'importations, mais plutôt la structure du secteur agricole. Les agriculteurs européens d’aujourd’hui opèrent dans un cadre normatif complexe (sanitaire, environnemental, social), ce qui augmente leurs coûts de production. En revanche, leurs concurrents dans d'autres régions bénéficient de contraintes moins strictes, créant une distorsion de marché importante.
Ce déséquilibre exerce une pression à la baisse sur les prix, alors même que les revenus agricoles, en moyenne, sont environ 30 % inférieurs à ceux d'autres secteurs en France. Cette dynamique pourrait freiner l’investissement nécessaire à la transition vers une agriculture plus productive et durable. Le danger ne réside pas dans un choc brut, car les quotas tarifaires limitent leur impact immédiat, mais plutôt dans une érosion progressive de la rentabilité, qui pourrait précipiter la disparition de nombreuses exploitations à long terme.
Les différences entre la France, qui défend un modèle agricole régulé, et l'Allemagne, qui favorise une logique industrielle exportatrice, soulignent les tensions au sein de l'Union européenne.
La Commission européenne se montre de plus en plus pressée d’accélérer ses négociations commerciales, reflétant une logique géoéconomique exacerbée par la fragmentation des échanges mondiaux. En tentant de sécuriser ses débouchés et approvisionnements, l’Union Européenne révèle aussi ses fragilités internes.
Malgré un certain dynamisme, l'agriculture, qui ne représente que 1,5 % du PIB, se retrouve souvent considérée comme une variable d’ajustement dans les décisions économiques stratégiques. Ce paradoxe - où des accords commerciaux fragilisent certains secteurs à court terme mais visent une stratégie défensive à long terme - met en lumière des tensions entre efficacité économique et cohésion interne.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC), autrefois garante des règles du commerce international, peine à jouer son rôle, accentuant l’émergence de politiques nationales protectionnistes. Les événements récents liés à la montée du bilatéralisme dans les échanges montrent que le système commercial est en pleine mutation. Les nouvelles régulations écologiques, par exemple, introduisent encore d'autres complexités dans les échanges.
Enfin, de Lima met en garde contre une dérégulation totale de l'économie mondiale, bien que le système métamorphose, devenant plus fragmenté et structuré par des blocs économiques où la puissance géopolitique prime.
La crise énergétique actuelle risque d'être entachée de dimensions économiques, entraînant un ralentissement du commerce international couplé à une inflation alarmante. Cependant, selon de Lima, nous ne sommes pas confrontés à une autre crise similaire à celle des années 1970, car la croissance mondiale reste autour de 3 %.
Les tensions actuelles rappellent que les banques centrales doivent naviguer un parcours délicat entre lutte contre l’inflation et soutien à la croissance. Bien que le paysage économique contemporains soit difficile, des éléments de stabilité subsistent, tels que des marchés du travail relativement solides et une adaptation progressive des chaînes d’approvisionnement.
Face à ces défis, le budget de 2026 adopté par l’Assemblée nationale pourrait se révéler déjà obsolète en raison d’hypothèses fluctuantes concernant la croissance et l’inflation. Avec une connaissance accrue de l’intelligence artificielle, de nouvelles formes de régulation et des paradigmes de fiscalité doivent être considérés pour naviguer dans cette approche adaptative en pleine transformation.







