Historiquement, le Japon a été vu comme un havre pour les cyclistes, où la circulation à vélo était courante, surtout dans les grandes villes. En 2020, environ 8 millions de Japonais utilisaient quotidiennement leur vélo. Cependant, ce contexte évolue : depuis le 1er avril, le pays a mis en œuvre un amendement à la loi sur la circulation, initialement instaurée en 1960, visant à renforcer la sécurité routière.
Les autorités japonaises entendent changer les comportements à risque des cyclistes. Avec ce nouvel amendement, pas moins de 113 infractions sont désormais passibles d’amendes, une décision justifiée par un rapport alarmant où 75 % des accidents impliquant des vélos montrent que les cyclistes sont souvent responsables.
Au cœur de cette réforme se trouve le système du "ticket bleu", qui permet d’imposer des amendes immédiates pour des infractions mineures, évitant ainsi des poursuites pénales. Le montant des amendes varie considérablement, allant de 3.000 yens (environ 20 euros) à 12.000 yens (environ 75 euros), selon la gravité de l’infraction.
Parmi les comportements sanctionnés figurent ceux qui étaient autrefois monnaie courante : utiliser un smartphone tout en circulant (12.000 yens), griller un feu rouge (6.000 yens), ou encore conduire sans éclairage (5.000 yens). Les cyclistes doivent désormais abandonner des pratiques comme tenir un parapluie ou répondre à un appel, vue comme une mise en danger pour eux et les piétons.
La mise en œuvre de ce nouveau cadre réglementaire fait cependant l’objet de critiques. Les cyclistes expriment leurs inquiétudes, notamment en ce qui concerne l'obligation de rouler sur la chaussée plutôt que sur les trottoirs, une mesure perçue comme dangereuse, surtout en l'absence d'infrastructures adaptées pour garantir leur sécurité. Teranishi, un coiffeur de 61 ans, a été arrêté pour avoir utilisé un parapluie en faisant du vélo : "Tout le monde porte un parapluie sous la pluie", a-t-il déclaré au Financial Times.
Les autorités, de leur côté, estiment que ces mesures sont essentielles pour répondre aux enjeux de sécurité. Malgré une baisse générale des accidents, la proportion de cyclistes responsables demeure élevée, et les collisions avec les piétons sont en augmentation. Le gouvernement affirme qu'il est de leur devoir de garantir la sécurité de tous les usagers de la route, d'autant plus que le nombre de cyclistes augmente dans les zones urbaines.
Alors que les premiers jours de ce nouveau dispositif ont révélé une forte polémique dans l’opinion publique, certains estimant qu'il s'agit d'un moyen pour l'État de générer des revenus supplémentaires, la question de la sécurité des cyclistes au Japon reste en suspens, avec des voix qui s'élèvent pour une meilleure intégration de ces usagers dans le tissu urbain.







