La peur que l'aide médicale à mourir soit principalement requise par les personnes à faibles revenus est un point régulièrement soulevé par ses détracteurs, en particulier à l'approche d'un vote crucial à l'Assemblée nationale prévu le 30 juin.
Cependant, cette notion n'est pas étayée par les recherches existantes à l'international, comme l'indiquent des experts contactés par l'AFP.
Véronique Besse, députée de Vendée (divers droite), a exprimé ses inquiétudes lors des débats, affirmant le 22 juin : "Dans les pays où l'aide à mourir a été légalisée, il y a une sur-représentation des plus pauvres parmi ceux qui en font recours." Cette affirmation a suscité la surprise et la controverse, notamment chez les membres de la gauche.
Cet argument est fréquemment avancé par des députés de droite et d’extrême droite, qui se basent sur des exemples de pays ayant déjà mis en place de telles législations.
Philippe Juvin, député et médecin, a noté que lors de la première année de la loi en Oregon, 65 % des utilisateurs de l'aide à mourir avaient une assurance santé privée. Il fait état d'une baisse à 20 % aujourd'hui, arguant que cela revient à prouver que les plus démunis ont recours de plus en plus à cette pratique. Toutefois, ces chiffres, extraits d'une étude parue dans le British Medical Journal (BMJ), doivent être interprétés avec précaution.
L'étude appelée par Juvin souligne elle-même qu'il existe un manque de recherche pour établir le lien entre statut socio-économique et le désir d'accéder à l'aide à mourir dans l'Oregon.
Elissa Kozlov, maîtresse de conférence à la Rutgers School of Public Health, souligne que considérer la possession d'une assurance comme critère de richesse n'est pas pertinent dans ce contexte, compte tenu de la large couverture publique pour les plus de 65 ans. Elle met plutôt en avant le niveau d'éducation comme un indicateur socio-économique plus fiable.
Kozlov a coécrit une étude en 2022 qui révèle que la majorité des bénéficiaires de l'aide à mourir aux États-Unis sont des personnes blanches, âgées, souffrant de cancer et ayant un niveau d'éducation élevé. Sur plus de 5 000 cas étudiés entre 1998 et 2020, plus de 70 % des patients avaient suivi des études supérieures.
Concernant les motivations des bénéficiaires, l'étude sur l'Oregon révèle que les raisons principales pour lesquelles ils sollicitent une aide médicale à mourir sont la perte d'autonomie (91 %) et la dégradation de la qualité de vie (90 %), alors que les préoccupations financières ne concernent qu'environ 8 % des cas.
Au Canada, un rapport fédéral de 2025 indique que l'aide à mourir n'est pas sollicitée de manière disproportionnée par les groupes à faible revenu. Les données en Suisse et en Belgique confirment également ces tendances.
Une étude menée en Suisse entre 2003 et 2014, publiée dans BMJ, met en lumière que des facteurs tels que le niveau d'éducation et le lieu de résidence économique ont une corrélation plus forte avec le recours à l'aide à mourir que les conditions de revenu.
Joachim Cohen, professeur de santé publique en Belgique, soutient que les données empiriques ne corroborent pas l'argument selon lequel la légalisation de l'aide à mourir affecterait de manière disproportionnée les populations défavorisées. Il apporte toutefois une nuance, reconnaissant que des préoccupations financières peuvent jouer un rôle, mais cela ne doit pas être interprété comme le motif principal.







