Depuis près de dix ans, Étienne Fourmont, éleveur de vaches laitières en Sarthe et influenceur sur les réseaux sociaux, se bat contre les stéréotypes liés à sa profession. Son but ? Rappeler aux citoyens la réalité du monde agricole et établir un lien authentique entre eux et le secteur rural.
Sur les réseaux sociaux, où il est connu sous le nom d'Étienne Youtu.beurre, Fourmont partage son quotidien d'agriculteur sur des plateformes telles que YouTube, Instagram, et TikTok. Il évoque l'importance d'une communication directe avec le grand public pour corriger les idées reçues sur son métier.
La Dépêche du Midi : Comment avez-vous eu l'idée d'éduquer le public sur votre métier à travers les réseaux sociaux ?
Étienne Fourmont : C’est en 2013, lorsque j’étais chez les "Jeunes agriculteurs", que l'on m'a conseillé d'investir Twitter. Les responsables du syndicat mettaient en avant l'importance d'être actif sur ces plateformes pour contrer les narratives souvent négatives et souvent éloignées de la réalité que nous vivions.
Avez-vous remarqué un décalage dans la perception du public par rapport à la réalité ?
Oui, un décalage immense. Beaucoup de personnes s'exprimaient sans connaissance profonde de notre quotidien. Face à cela, j'ai choisi la pédagogie, afin de partager les vérités et de montrer comment nous travaillons réellement.
Avez-vous ressenti des préjugés négatifs à votre égard ?
Oui, dès le début du phénomène d'agribashing, qui a pris de l'ampleur dans les médias et sur Internet. Les critiques de l’agriculture sont anciennes, mais c'est à cette époque que critiquer ouvertement le métier est devenu tendance.
Y avait-il aussi une vision fantasmée de l’agriculture à corriger ?
Tout à fait. Il y a dix ans, l'opinion oscillait entre deux images caricaturales : celle du petit agriculteur traditionnel, en opposition à celle d'un grand exploitant moderne sur des milliers d'hectares, aux pratiques souvent montrées sous un jour négatif.
Il est essentiel de comprendre que la réalité de l’agriculture se situe entre ces deux extrêmes. La communauté agricole n’avait pas suffisamment pris le temps de communiquer sa vérité. Souvent, les consommateurs voyaient surtout l’agriculture à travers les publicités ou les reportages.
Vous avez également abordé une forme de pitié du public envers les agriculteurs ?
Oui, c'est frappant, notamment lorsque je suis à Paris, où l'on me parle souvent de la difficulté de notre quotidien. Le stéréotype de l'agriculteur désespéré persiste, mais la réalité est plus nuancée.
Comment la perception publique a-t-elle changé ces dix dernières années ?
Nous avons connu une véritable bascule, notamment avec l'émergence des réseaux sociaux en 2018 et 2019. La crise du Covid a également rapproché le public des agriculteurs, mais cet élan n’a pas duré.
Ce soutien moral se traduit-il dans les comportements d'achat ?
Non, malheureusement. Même si le public semble plus sensibilisé, c’est souvent le pouvoir d’achat qui prend le dessus lors de l'achat final. Il faut leur montrer que l'alimentation de qualité a un coût.
Les crises agricoles ont-elles rapproché le public de la profession ?
Je dirais que les Français aiment profondément les agriculteurs, mais en même temps, ils en ont peur. Les reportages alarmistes sur l'utilisation des pesticides et des nouvelles technologies ont instillé une méfiance. Sur les réseaux, nous devons prouver que modernisation et respect du bien-être animal peuvent coexister.
Quel message souhaitez-vous transmettre au public ?
Ayez confiance et laissez-nous travailler !







